
Après plusieurs mois de froid et de tensions à peine voilées, l’État et le FFKM affichent désormais une volonté commune de reprendre le dialogue.
Le ton s’est voulu apaisant, presque fraternel. Lors du culte œcuménique marquant l’ouverture officielle de la 47e réunion du Comité central du FFKM, hier, au temple FJKM Ankadikely Ilafy, les concertations nationales se sont imposées comme le principal sujet politique. Devant une assistance composée en grande partie de responsables politiques et de membres du gouvernement, le chef de l’État, Michaël Randrianirina, a lancé un appel direct aux dirigeants religieux pour soutenir le processus de réformes engagé par le régime. « La mission des concertations, entre autres, est de pouvoir mener des réformes. Nous vous faisons appel pour soutenir les réformes que nous voulons mettre en œuvre », a-t-il déclaré, tout en insistant sur la nécessité de préserver l’initiative des influences partisanes.
Selon lui, cette démarche menée par les chefs religieux « devrait être loin des intérêts politiques ». Le président du FFKM et non moins chef de l’Église anglicane malgache, quant à lui, Samoela Jaona Ranarivelo, a, lui aussi, tenu un discours d’ouverture marqué par l’appel à l’unité et à la reconstruction nationale. Dans son intervention, il a affirmé que les concertations ne devaient pas être réduites à une simple finalité politique, mais constituer une voie vers « le développement, la stabilité et la restauration du tissu social ». Derrière les accolades et les discours conciliants d’hier, les blessures récentes restent pourtant visibles.
Car les relations entre le FFKM et le pouvoir ont traversé plusieurs mois de crispations autour précisément de ces concertations nationales. En novembre 2025, un mois après les événements d’octobre 2025, le courant semblait pourtant parfaitement passer entre le nouveau régime et l’entité œcuménique. Le 19 novembre 2025, l’État avait officiellement confié au FFKM le mandat de conduire les concertations nationales. Une décision saluée, à l’époque, comme un signal d’ouverture politique. Mais, rapidement, le dossier s’est envenimé. Certains membres laïcs du Comité central du FFKM avaient publiquement évoqué la possibilité d’inviter l’ancien président Andry Rajoelina aux discussions nationales. Une perspective immédiatement rejetée par les tenants du pouvoir, opposés à toute participation de l’ancien chef d’État au dialogue élargi.
Avril 2026
Cet épisode a révélé une divergence profonde entre les deux camps. Le FFKM semblait vouloir garder une autonomie complète dans la conduite du processus, tandis que l’État cherchait à encadrer politiquement les concertations. Dès lors, la méfiance s’est installée. Le silence du FFKM sur la suite du processus a renforcé les tensions. Pendant ce temps, l’État a poursuivi seul son programme de concertations nationales. Des concertations sectorielles ont été organisées, notamment auprès des jeunes, dans plusieurs régions du pays, sans participation des dirigeants du FFKM. En avril dernier, le sujet du retour du FFKM dans le processus avait été relancé par le FJKM, signe que les discussions n’étaient pas totalement rompues.
Mais, sur le terrain politique, chacun avançait alors sur sa propre ligne. Le bras de fer s’est encore accentué avec le calendrier. Le pouvoir avait initialement prévu le lancement officiel des concertations nationales ce 20 mai, exactement au moment où se tient la 47e réunion du Comité central du FFKM. Un chevauchement interprété par plusieurs observateurs comme une démonstration de force ou, au minimum, un message politique. Finalement, des négociations discrètes semblent avoir permis un compromis. Vendredi dernier, une rencontre décisive s’est tenue entre le chef de l’État et les quatre chefs d’Église membres du FFKM afin d’aborder directement le dossier des concertations nationales. Cette réunion a visiblement permis de calmer les tensions. Le pouvoir a finalement décidé de reporter le lancement officiel des concertations au 3 juin prochain. Surtout, ce rendez-vous sera désormais organisé conjointement par l’État et le FFKM. Hier, à Ankadikely Ilafy, l’heure n’était donc plus aux piques ni aux démonstrations de défiance. Entre accolades protocolaires, échanges chaleureux et discours d’unité nationale, le pouvoir et le FFKM ont affiché un rapprochement soigneusement mis en scène.
Rija R.


