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dimanche, septembre 27, 2026
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Conférence des évêques de Madagascar : Haro sur l’insécurité, la corruption, la course aux « seza » et le favoritisme

Les évêques de Madagascar

À trois semaines du lancement officiel du processus de concertations nationales, les dirigeants de l’Église catholique malgache ont délivré un message lourd de sens. Les critiques contre la gouvernance actuelle deviennent de plus en plus visibles, au point où les religieux finissent par briser leur silence.

Les évêques catholiques malgaches haussent le ton contre le régime de refondation. Dans une déclaration datée du 13 mai 2026, publiée à l’issue de leur réunion ordinaire tenue à Antananarivo, les prélats dressent un réquisitoire sévère contre les dérives du pouvoir actuel, dénonçant une corruption persistante, des luttes de pouvoir, le favoritisme et une refondation qui, selon eux, « reste un rêve ». Derrière les promesses de rupture et de changement, l’Église catholique estime que les vieilles pratiques politiques continuent non seulement d’exister, mais aussi de s’aggraver.

Les évêques reconnaissent pourtant que l’arrivée du régime avait suscité un immense espoir populaire. Ils saluent plusieurs avancées, notamment « la mise en avant de la primauté de l’État malgache », la réduction des délestages d’eau et d’électricité depuis les débuts du premier gouvernement d’octobre 2025, la poursuite des constructions routières ainsi que l’attention accordée aux fonctionnaires et au secteur éducatif. Mais cet élan, soulignent-ils, s’est progressivement heurté à une réalité beaucoup plus sombre.

Dans leur déclaration, les prélats dressent la liste des maux qui minent actuellement le pays, notamment « le coût de la vie devenu insupportable, les difficultés des agriculteurs à vendre leurs produits, l’insécurité, la corruption, les conflits fonciers et les inégalités régionales ». Ils dénoncent également « les luttes de pouvoir et le favoritisme », accusant implicitement les dirigeants d’entretenir des réseaux d’intérêts particuliers au détriment du bien commun. Le texte pointe aussi un climat politique jugé toxique.

Les évêques critiquent « les prises de parole mêlées d’insultes, de divisions et d’intimidations », particulièrement sur les réseaux sociaux, ainsi que « le musellement ou l’arrestation de ceux qui ne partagent pas les opinions du pouvoir ». Ils s’inquiètent d’une gouvernance fondée sur « l’excès d’éloges envers les dirigeants » et dénoncent la nomination de « personnalités déjà problématiques aux yeux du peuple et de la société ». Une manière directe de remettre en cause certains choix politiques opérés depuis le début de la transition. Plus grave encore, l’Église estime que le pouvoir actuel s’éloigne de sa légitimité populaire. « Le pouvoir ne semble pas réellement émaner du peuple ni être au service du peuple », écrivent les évêques, avant de conclure que « la refondation tant clamée dans les rues et au palais reste un rêve ».

Inclusive. Les prélats critiquent également l’absence d’une véritable vision politique. Selon eux, aucune feuille de route claire ne guide actuellement le processus de refondation, en dehors de l’annonce d’une transition de deux ans et d’une future concertation nationale. Pendant ce temps, regrettent-ils, « les véritables priorités du pays », notamment celles concernant les populations les plus vulnérables, restent négligées. L’Église appelle ainsi à une refondation plus profonde et plus inclusive, touchant aussi bien les institutions que les mentalités, les relations sociales et le sens des responsabilités collectives.

« Madagascar appartient à nous tous et non à une minorité, à un groupe ou à une catégorie particulière », rappellent les évêques dans un message qui résonne comme un avertissement contre les logiques de confiscation du pouvoir. La déclaration insiste également sur la nécessité d’une concertation nationale crédible. Les évêques demandent que les responsables chargés de conduire ce processus soient « connus, respectés et dignes de confiance », et que les différentes régions ainsi que la majorité de la population soient véritablement représentées. Ils mettent en garde contre « l’arrogance politique » et les intérêts partisans qui risqueraient de faire échouer toute tentative de réforme. Les évêques exhortent dirigeants et citoyens à tirer les leçons des précédentes crises politiques ayant plongé Madagascar dans « un profond gouffre ».

Rija R.

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