
Pour la deuxième fois, un projet d’aménagement d’envergure suscite une vive controverse sur l’île de Nosy Sakatia, rattachée à la commune urbaine de Nosy Be.
Après la suspension, en 2025, d’un premier complexe hôtelier à Ampasindava, à la suite d’interventions citoyennes, un nouveau chantier entamé au début de cette année à Andilana est aujourd’hui dans le collimateur de la société civile. Face aux dégâts écologiques constatés sur le terrain, plusieurs organisations exigent l’arrêt immédiat des travaux jusqu’à la régularisation administrative et environnementale du projet. Les défenseurs de l’environnement expriment leur vive inquiétude face aux occupations et aux travaux entrepris dans une zone névralgique de ponte pour les tortues marines à Andilana. Cet habitat naturel essentiel à la reproduction d’espèces protégées joue un rôle clé dans l’équilibre des écosystèmes marins et côtiers. Selon les acteurs locaux, les aménagements entrepris risquent d’altérer irréversiblement les plages de nidification, d’interrompre les cycles de ponte et de compromettre la survie de ces tortues, véritable joyau écologique et produit phare attirant plus de 10 000 visiteurs par an sur Nosy Sakatia.
Remise en état en 7 jours
Outre l’impact écologique, les organisations de la société civile dénoncent de graves vices de procédure. « Le promoteur s’est affranchi de toute consultation publique préliminaire et n’a pas effectué d’étude d’impact environnemental et social (EIES). Il ne dispose pas encore du permis environnemental réglementaire délivré par l’Office national pour l’environnement (ONE) », ont-elles expliqué. À la suite d’une mission conjointe de constatation sur le terrain, réunissant les représentations régionales de l’Environnement, de l’Aménagement du territoire et du Tourisme, des opérateurs locaux, le Comité local de gestion intégrée des zones côtières (GIZC), les autorités locales ainsi que des représentants du promoteur, un procès-verbal de constatation du site a été dressé le 29 septembre 2026. Une notification a ensuite été adressée au promoteur pour lui demander de suspendre les travaux, d’évacuer les matériaux et d’engager la remise en état de cette zone classée sensible dans un délai de 7 jours. «Loin d’obtempérer, le promoteur a au contraire intensifié les opérations sur le terrain. Les travaux de construction s’accélèrent avec l’introduction d’engins motorisés lourds sur le site, pourtant frappés d’un « fady », ou interdit coutumier local, tout comme l’introduction de chiens. En outre, des travaux de terrassement de grande ampleur, entraînant de sérieux signes d’érosion en amont de la plage, sont visibles, ainsi que l’édification d’un mur de soutènement. L’emprise du chantier s’étend sur 3,4 hectares, alors que la demande initiale ne portait que sur la construction de maisons sur pilotis », ont indiqué les membres de la société civile.
Intervention rapide
Face à ce qu’elles qualifient de passe-droit écologique, ces organisations de la société civile lancent un appel solennel au gouvernement et aux autorités ministérielles pour une intervention rapide et concertée. « Le développement économique et touristique de Nosy Be doit impérativement s’inscrire dans le respect des réglementations en vigueur et des équilibres écologiques. L’État doit agir vite pour stopper la dégradation irrémédiable de cet habitat emblématique des tortues marines, qui font la renommée internationale de Sakatia », concluent les signataires de la déclaration.
Navalona R.



