L’offensive est de plus en plus visible. Depuis le début de l’année, la Russie déploie à Madagascar une stratégie d’influence tous azimuts, avec l’appui des autorités, au moment même où la présence française, historiquement ancrée, traverse une zone de turbulence. Sur le terrain éducatif, Moscou mise sur la jeunesse. Des lycées publics, notamment à Alasora, accueillent des cours de langue russe dispensés par des émissaires de l’ambassade. Une diplomatie culturelle classique, mais dont l’intensité interroge. Le 2 mai, des élèves ont même été mobilisés pour assainir la « Rue Russie » à Isoraka, sous l’impulsion de réseaux liés à l’ambassade, avec le relais actif de l’Association des étudiants russophones de l’Université d’Antananarivo. Une mobilisation inhabituelle, qui brouille la frontière entre coopération culturelle et démonstration d’influence.
La dimension politique n’est pas en reste
Le parti RPMU, qui fait allégeance à Moscou, s’est illustré dans la récente crise diplomatique entre Antananarivo et Paris. À la suite de l’expulsion de Pierre Couve, attaché de sécurité intérieure de l’ambassade de France, le parti a salué sans détour la décision gouvernementale. Une posture qui contraste avec la réserve diplomatique habituelle, alors même que la crise impliquait directement Emmanuel Macron et Michael Randrianirina. Derrière cette prise de position, c’est une influence politique assumée qui se dessine, non sans arrière-pensées géopolitiques. Sur le plan économique, la Russie avance également ses pions. Une délégation s’est rendue à Antsiranana pour étudier un investissement dans le chantier naval SECREN, un site stratégique longtemps associé à des partenaires occidentaux.
Si la diversification des partenariats peut être vue comme une opportunité, elle soulève aussi une question de transparence : quels engagements, à quel prix, et avec quelles garanties pour les intérêts nationaux ? La dimension sécuritaire, enfin, alimente les interrogations. La présence d’éléments d’Africa Corps, ex-Wagner, sur le territoire, combinée aux offres d’assistance militaire et à des engins sécuritaires, inscrit Madagascar dans une logique d’influence plus musclée. Or, l’expérience d’autres pays africains invite à la prudence. Derrière ces partenariats sécuritaires, les retombées restent souvent opaques et les dépendances difficiles à défaire.
Face à cette montée en puissance, la France recule pour le moment, fragilisée par des tensions diplomatiques récentes, mais forte d’une histoire commune et de réseaux encore solides. Entre une influence ancienne, parfois critiquée mais structurante, et une nouvelle présence russe plus offensive, Madagascar se retrouve à la croisée des chemins. Une diversification stratégique, certes, mais qui exige vigilance. Car derrière les promesses d’alternatives, certaines puissances avancent moins en partenaires qu’en acteurs déterminés à étendre leur zone d’influence.
Rija R.




