
Les autorités actuelles s’engagent davantage dans une diversification assumée de leurs partenariats sécuritaires, rompant avec des schémas plus traditionnels.
La coopération militaire entre Madagascar et la Russie est de plus en plus dynamique. Cent dix-neuf militaires malgaches viennent de terminer leur formation avec des instructeurs russes. Ces derniers sont issus de l’« Africa Corps », une structure relevant du ministère russe de la Défense. L’initiative est présentée comme un levier de modernisation des forces armées malgaches, mais elle soulève aussi des interrogations sur l’influence de plus en plus grandissante de Moscou dans les affaires sécuritaires nationales. Cette nouvelle promotion s’inscrit dans la continuité d’un premier groupe formé en mars dernier. Selon l’État-major des armées, il s’agit d’un programme progressif visant à renforcer les capacités opérationnelles des Forces armées malgaches dans des domaines jugés stratégiques. Parmi les bénéficiaires, selon l’État-major des armées, figurent notamment une unité des forces spéciales ainsi que l’équipe de sécurité présidentielle, des composantes sensibles du dispositif militaire.
Les modules qui ont été dispensés témoignent d’un accent marqué sur les techniques modernes de combat et de protection, notamment la protection de hautes personnalités, le tir de précision (sniper), le pilotage de drones, le génie militaire, la médecine de l’avant et des techniques spéciales de conduite. Autant de compétences qui traduisent une volonté de renforcer les capacités de la sécurité rapprochée du Chef de l’État. Lors de la cérémonie de remise des certificats, qui a eu lieu à Ivato le 5 mai dernier, le chef d’état-major des forces armées, Démosthènes Pikulas, n’a pas tari d’éloges. « Nous tenons à remercier les instructeurs des Forces armées russes pour leur contribution inestimable au développement de l’Armée malgache, pour la qualité de leur formation militaire, qui tient compte des avancées technologiques modernes et des spécificités des missions militaires », a-t-il déclaré.
Wagner. Le général Démosthènes Pikulas a également exhorté les militaires formés à transmettre leur savoir au sein de leurs unités respectives, soulignant l’importance d’un effet multiplicateur. Du côté russe, le discours se veut tout aussi affirmatif. Le chargé d’affaires à Madagascar, Alexeï Bouriak, a insisté sur la solidité du partenariat bilatéral. « La Russie a toujours été et demeure un partenaire fiable », a-t-il affirmé, saluant la contribution des instructeurs au « maintien de la stabilité et de la sécurité de l’île ». Au-delà des déclarations officielles, cette coopération s’inscrit dans une stratégie plus large de déploiement russe en Afrique. À travers l’« Africa Corps », anciennement connu sous le nom de Wagner, Moscou renforce progressivement sa présence militaire et sécuritaire sur le continent, souvent dans des contextes où les États cherchent à diversifier leurs alliances ou à combler des lacunes capacitaires.
Pour Madagascar, les bénéfices peuvent être évidents : montée en compétence rapide, accès à des technologies et à des savoir-faire spécifiques, renforcement des unités d’élite. Mais cette dynamique n’est pas sans zones d’ombre. Le recours répété à des formateurs étrangers, surtout issus d’une puissance aux ambitions géopolitiques affirmées, pose la question de la souveraineté opérationnelle à moyen terme. En formant des unités clés, notamment les forces spéciales et la sécurité présidentielle, la Russie s’insère au cœur même de l’architecture sécuritaire du pays. Par ailleurs, cette coopération s’opère dans un relatif silence du débat public. Peu d’éléments filtrent sur les modalités exactes des accords, la durée des engagements ou les contreparties éventuelles. Dans un contexte international marqué par des rivalités d’influence, cette opacité interroge.
Rija R.


