
Lors de sa rencontre avec son staff et les employés de son ministère, qui s’est tenue jeudi à Faravohitra, la Garde des Sceaux Fanirisoa Ernaivo a souligné l’importance de la « consolidation de la confiance de la population envers la Justice, notamment à travers l’application stricte, équitable et impartiale de la loi pour tous »
Seize dossiers impliquant d’anciens ministres, visés par une procédure de mise en accusation devant la Haute Cour de Justice (HCJ), sont bloqués à l’Assemblée nationale depuis l’année 2021. Depuis ce temps, Tsimbazaza trouve toujours une échappatoire ou une manœuvre dilatoire (c’est selon), même si les dossiers en question ont tous déjà été finalisés au niveau de la commission spéciale mise en place à la Chambre basse depuis octobre 2020. Jusqu’ici, cette institution, dont l’opérationnalité est pourtant prévue par la Constitution, affiche zéro résultat à son compteur. C’est certainement la raison pour laquelle les autorités de refondation ont choisi de contourner la procédure constitutionnelle et de faire un recours direct auprès de la Haute Cour constitutionnelle (HCC) pour enclencher les poursuites judiciaires contre les chefs d’institution et anciens ministres du régime Rajoelina. Le général Richard Ravalomanana, ancien président du Sénat, actuellement placé en détention préventive à Imerintsiatosika, et Valery Ramonjavelo, ancien ministre des Transports et de la Météorologie, qui séjourne depuis le 5 mars dernier à la prison d’Avaradrano, ont, entre autres, été soumis à cette procédure inédite.
Traitement égalitaire
Mais pour donner une crédibilité à sa démarche de refondation, le régime actuel devrait appliquer un traitement égalitaire à tous ceux et toutes celles qui ont des dossiers en instance au niveau de la Justice. Lors de la présentation du nouveau gouvernement, le PRRM, colonel Michaël Randrianirina, avait réitéré que la priorité des priorités pour l’équipe dirigée par le Premier ministre Mamitiana Rajaonarison est la lutte contre la corruption et contre les détournements de deniers publics, ainsi que l’arrestation de tous les responsables et gros poissons ayant commis des malversations au niveau de l’administration publique. Reconduite à son poste de ministre de la Justice, Fanirisoa Ernaivo doit ratisser large et ne doit pas faire deux poids deux mesures. La Justice n’est pas uniquement faite pour les « forongony » et nul n’ignore que tous les détournements de deniers publics commis sous tous les régimes qui se sont succédé ont causé les mêmes préjudices à la Nation et au peuple malagasy. Les 16 anciens responsables faisant l’objet d’une mise en accusation auprès de la HCJ doivent, eux aussi, répondre de leurs actes devant la Justice, ne serait-ce que pour lever les doutes, mais aussi et surtout afin qu’ils puissent enfin reprendre une vie normale au sein de la société. Car le vrai changement sert aussi à enterrer les accusations à tort et à instaurer un climat d’apaisement et de sérénité au pays. Entretenir une Justice à deux vitesses risquerait de porter atteinte à la crédibilité et à l’image du régime de refondation et pourrait effacer les efforts déjà entrepris dans les autres domaines de la vie sociale, tels que le délestage et la baisse des prix du riz.
Simple slogan
Pour l’heure, le Pôle anti-corruption (PAC) n’a donné aucune suite à la plainte de la Plateforme stratégique opérationnelle multiangulaire (PSOM), qui réclame une ouverture d’enquête concernant les « ampamoaka » et dénonciations faites par la détenue Raïssa Razaivola, visant de hauts responsables étatiques. Cette association, représentée par des avocats ayant défendu gratuitement les GEN Z lors des manifestations de septembre-octobre 2025, a notamment pris cette initiative pour faire la lumière sur la véracité ou non de ces accusations. Pour le moment, la priorité du gouvernement, c’est de mener une poursuite sans merci contre tous ceux qui sont impliqués dans le détournement de 3 811 milliards d’ariary que la Cour des comptes a relevé dans son rapport annuel 2025. Bon nombre d’observateurs se demandent pourtant pourquoi ladite Cour ne sort ces révélations qu’en 2026, alors que certains faits, en l’occurrence le dossier Covid-19, remontent à quelques années auparavant. Les mêmes reproches sont aussi apportés aux autres entités en charge de la lutte contre la corruption, à l’exemple du SAMIFIN, qui a été dirigé par l’actuel Premier ministre Mamitiana Rajaonarison depuis 2021. Pourquoi ces responsables se sont-ils tus sous le précédent régime ? Quid de l’efficacité et de la crédibilité de ces institutions ? Lors de la première rencontre avec son staff et les employés de son ministère, qui s’est tenue jeudi à Faravohitra, la Garde des Sceaux Fanirisoa Ernaivo a souligné l’importance de la « consolidation de la confiance de la population envers la Justice, notamment à travers l’application stricte, équitable et impartiale de la loi pour tous ». Reste à voir si ces propos ne vont pas rester un… simple slogan.
Davis R


