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samedi, septembre 26, 2026
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Détenus politiques : Quid de la présomption d’innocence ?

La Garde des Sceaux, Fanirisoa Ernaivo a effectué une visite inopinée à la maison de Force de Tsiafahy où elle est venue à la rencontre de plusieurs détenues politiques. 

Les autorités de la Refondation seraient donc les premières à « normaliser » ce genre de pratique.

Manendri-dresy

Ce proverbe malgache, que l’on peut traduire par : accabler quelqu’un qui est déjà à terre, reflète parfaitement ce que les autorités actuelles font endurer aux détenus politiques. En effet, depuis le début de ce régime de refondation, la publication de photos et de vidéos des personnalités emprisonnées pour des faits liés aux récents évènements politiques est devenue une pratique courante. Une triste réalité frôlant l’humiliation, que bon nombre d’observateurs qualifient de contraire aux principes de l’État de droit. Dans une opération de communication visant à répondre aux désinformations, le ministère de la Justice n’hésite pas à s’adonner à une sorte de mise en scène dans laquelle les détenus assurent qu’ils sont bel et bien en prison et qu’ils bénéficient de bonnes conditions carcérales.

Droits des prisonniers

Au mois de décembre 2025, alors que l’ancienne directrice de la communication à la Présidence, Rinah Rakotomanga, et son époux étaient incarcérés à Antanimora, leurs photos, portant à la main un carton contenant le jour et la date de prise des images, ont été exhibées sur les réseaux sociaux pour démentir les rumeurs selon lesquelles l’ancienne collaboratrice d’Andry Rajoelina et son compagnon auraient été libérés en catimini. L’initiative de la fuite d’images ne pouvait venir que des autorités judiciaires qui avaient accès à la prison. À l’époque, Maître Mirantsoa Randriamiaramisaina, avocate de l’intéressée, dénonçait une violation grave de la présomption d’innocence et des droits des prisonniers. Par ailleurs, au mois de mai dernier, une nouvelle vidéo montrant les conditions de détention de l’ex-Dircom de la Présidence à la prison de Manjakandriana a, de nouveau, été publiée par le ministère de la Justice. Même si le visage avait été flouté, on pouvait quand même reconnaître la personne à travers sa voix.

Folles rumeurs

Samedi dernier, ce fut au tour de l’ancien ministre des Transports, Valery Ramonjavelo, qui, lui aussi, avait été filmé à la prison d’Avaradrano pour démentir les rumeurs selon lesquelles il aurait réussi à quitter le pays après avoir payé une forte somme d’argent. Le même jour, la garde des Sceaux, Fanirisoa Ernaivo, a effectué une visite inopinée à la maison de force de Tsiafahy, où elle est venue à la rencontre de plusieurs détenus politiques. Malgré les images floutées dans la vidéo publiée sur les réseaux sociaux ainsi que sur la chaîne nationale, les internautes ont clairement pu distinguer qu’il s’agissait du colonel Patrick Rakotomamonjy et de l’ancien sénateur Sylvain Rabetsaroana, entre autres. Ce dernier, apparemment en pleurs dans la vidéo, faisait l’objet de folles rumeurs selon lesquelles il serait en train d’agoniser en prison. Ce serait donc dans l’objectif de démentir ces rumeurs que le ministère de la Justice a publié la vidéo, qui a pourtant suscité l’indignation chez un grand nombre d’internautes.

Suspicions de déstabilisation

Souci de transparence ou acharnement politique ? En tout cas, force est de constater que les autorités réservent uniquement ce genre de traitement, considéré comme humiliant, voire dégradant, aux détenus politiques, notamment aux proches de l’ancien régime ou aux ex-alliés de la Refondation qui ont été emprisonnés pour suspicions de déstabilisation. Tous ont été placés sous mandat de dépôt en attendant leur procès, et devraient donc encore, selon la loi, bénéficier de la présomption d’innocence. Plus d’un constate, en effet, que même les grands criminels ayant commis des assassinats atroces ou des kidnappings ne subissent pas le même sort. Dans l’histoire du grand banditisme à Madagascar, de nombreux criminels ayant été au cœur de fortes rumeurs d’évasion ou de libération douteuse n’ont jamais vu leur identité être révélée au public, et encore moins été filmés en prison, même après leur condamnation. Les autorités de la Refondation seraient donc les premières à « normaliser » ce genre de pratique.

Davis R

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