
Le dialogue politique inclusif s’impose comme la clé de voûte des recommandations de la SADC pour sortir Madagascar de la transition et ouvrir la voie aux urnes. Depuis deux quinzaines, le colonel Michaël Randrianiriana, à la tête de la Refondation de la République de Madagascar (PRRM), enchaîne les tractations au sommet.
Après avoir ouvert les portes du palais d’Iavoloha aux anciens chefs d’État Marc Ravalomanana et Hery Rajaonarimampianina, l’homme fort de la transition a reçu, en milieu de semaine, du côté d’Ambohitsorohitra, les délégués du KMT ainsi que Hajo Andrianainarivelo, patron du parti Malagasy Miara-Miainga (MMM), ancien ministre et candidat malheureux à la magistrature suprême. D’après un communiqué officiel de la présidence, le leader du MMM a salué l’initiative du PRRM, plaidant pour un dialogue accouchant de scrutins inclusifs, propres et consensuels.
Exclusion. Pourtant, c’est précisément ce terme d’« inclusivité » qui cristallise toutes les tensions. Pour la SADC, hors de question de tolérer un processus sélectif. Du côté des inconditionnels d’Andry Rajoelina, force politique majeure de l’échiquier national, le message est on ne peut plus clair : l’ex-locataire d’Iavoloha doit impérativement figurer autour de la table. À défaut, préviennent ses partisans, le processus perdra toute crédibilité aux yeux de la communauté internationale. Reste à savoir si le régime de la Refondation pliera l’échine face à cette condition sine qua non. Jusqu’ici, le silence radio prévaut du côté des autorités. Sur le terrain, les langues se délient et les craintes s’aiguisent. Nombreux sont ceux qui perçoivent dans cette dynamique une manœuvre d’exclusion ciblée à l’encontre d’Andry Rajoelina, ourdie via un accord politique taillé sur mesure.
Accord paraphé
Les signaux avant-coureurs se multiplient, avec d’abord le partage du gâteau : le HVM, le TIM et le MMM nagent déjà dans les sphères du pouvoir, à l’image des ministres estampillés TIM qui siègent au sein du gouvernement. Viennent ensuite des signaux économiques forts. Pas plus tard que la semaine dernière, le député TIM Fidèle Razara Pierre annonçait que les structures de Marc Ravalomanana, associées au SPM (State Procurement of Madagascar), société d’État malgache créée pour réguler le marché des produits de première nécessité, en particulier le riz, piloteraient la collecte de riz à Vohidiala, dans l’Alaotra-Mangoro, pour le compte de l’État. Une lune de miel qui dépasse largement les frontières de la simple politique politicienne. Enfin, l’ombre d’un pacte secret plane : dimanche dernier, à Ankaramalaza, Marc Ravalomanana a lui-même lâché le morceau, relayé par un quotidien proche du magnat de l’empire Tiko, selon lequel un accord paraphé par trois figures de proue de la scène politique devrait, incessamment sous peu, être officialisé dans la Cité des Mille. Si cet accord venait à se confirmer, les jours politiques de l’ancien président Andry Rajoelina et de ses fidèles s’annoncent plus que mouvementés. La patate chaude est désormais entre les mains de la Refondation : cédera-t-elle aux sirènes de la SADC en élargissant le cercle des négociations, ou préférera-t-elle sceller le destin du pays entre partenaires déjà installés dans les fauteuils ministériels ? De cette décision dépendra l’avenir et la légitimité de toute la transition.
Julien R.


