Sur la pointe de la Grande-Île, l’électricité est devenue une passagère. Elle vient à sa guise, repart sans prévenir, ne laissant derrière elle qu’un silence et des congélateurs qui dégèlent. Le délestage est une norme, une façon de gouverner. Les boutiquiers additionnent leurs pertes, les restaurateurs voient leurs réserves se changer en détritus, les artisans ferment leurs portes, les familles espèrent que la prochaine restauration du courant n’entraînera pas un « clap » fatal au téléviseur ou au réfrigérateur. Rien ne manque jamais, en revanche, que l’addition. Elle est toujours exacte au poste. Cela montre bien que certains circuits fonctionnent impeccablement.
Pour apaiser les esprits, la JIRAMA explique. Il est arrivé huit groupes électrogènes. Deux sont déjà en production. Il reste six autres en attente d’un hangar, d’un échappatoire, de quelques chantiers… Bref, ils sont dans l’attente. Pendant ce temps, Enelec fournit seulement 2 MW alors qu’il faudrait 11,1 MW. Les chiffres sont exacts. Les coupures aussi. Mais en réalité, les habitants ne demandent plus de discours techniques. Ils réclament quelque chose d’extraordinaire : connaître l’heure à laquelle ils seront privés d’électricité. Oui, un simple calendrier de délestage. Un outil banal ailleurs, presque révolutionnaire ici.
À Diego, on ne demande pas un service impeccable. On demande seulement un peu de prévisibilité. Organiser une journée, protéger un appareil, sauver quelques kilos de viande ou tout simplement recharger un téléphone sans jouer à la loterie.Trop durer, le provisoire devient toujours une habitude. C’est peut-être là la panne la plus inquiétante , le jour où l’on ne trouvera plus anormal qu’une ville entière soit plongée dans le noir tandis que les explications sont parfaitement éclairées.
Iss Heridiny





