
Le nouveau ministre des Affaires étrangères, Richard Randriamandrato, est convaincu que le contexte actuel peut induire en erreur l’appréciation de l’accord de coopération militaire qui a été conclu avec la Russie. Entretien.
Midi Madagasikara : Pouvez-vous parler de cet accord de coopération militaire dont la presse locale a récemment eu vent sur internet ?
Richard Randriamandrato : Il s’agit d’un accord de coopération militaire comme il en existe d’autres. Nous avons un accord de coopération militaire avec la France, les Etats-Unis, l’Egypte et d’autres pays comme la Turquie, la Chine, l’Inde. Donc, je ne vois pas en quoi cet accord de coopération militaire serait un accord susceptible de créer un problème d’ordre diplomatique ou autre. Depuis 1972 et 1973, nous avons conclu des accords de coopération militaire avec la France que nous avons renouvelés en juin 1999. En somme, cet accord militaire n’a rien de particulier sauf que le contexte où nous sommes peut laisser à penser que ce n’est peut-être pas opportun ou c’est peut-être un peu poussé ou ça dépend de l’appréciation des uns et des autres.
M-M : S’agit-il d’un nouvel accord ?
R-R : Avec la Russie, je rappelle qu’il y avait déjà un accord de coopération militaire qui datait d’octobre 2018 signé à l’époque, me semble-t-il, par le général Béni Xavier Rasolofonirina. Cet accord a tout son mérite. Ce nouvel accord est conclu par le ministère de la Défense nationale qui va donc durer 5 ans avec des palettes d’activités à mener ensemble, dont la formation, l’assistance militaire, dans le cadre de la défense nationale. Il n’y a rien de nouveau dans l’établissement d’un accord militaire. Il n’y a pas de quoi s’alarmer. Mais c’est à nous de choisir de donner corps à ce qui est convenu dans le cadre de cet accord. Normalement, un accord de cette nature doit rester confidentiel, mais nous vivons dans un monde assez ouvert et je ne vois pas en quoi il faut s’en alarmer pour autant.
M-M : Pourquoi un tel accord militaire tombe tout juste en pleine crise ukrainienne qui divise autant les occidentaux et la Russie ?
R-R : Ce qui est particulier c’est bien le contexte où nous sommes actuellement, à savoir la crise en Europe de l’Est, la guerre en Ukraine. Nous savons tout ce qui se passe depuis maintenant quelques semaines, pour ne pas dire bientôt plusieurs mois, avec le désastre que nous connaissons sur le plan humain et des infrastructures en Ukraine. C’est vrai que le contexte peut induire en erreur l’appréciation de cet accord de coopération militaire. Sur ce point, je souhaite qu’il n’y ait pas de polémiques inutiles. Quant à la position de notre pays au regard de ce conflit entre la Russie et l’Ukraine, faut-il rappeler que nous restons dans la neutralité par rapport à cette guerre. Néanmoins, nous n’en sommes pas, pour autant, indifférents. Maintenant, il y a beaucoup de morts dans les rues des villes comme Marioupol ou d’autres aux environs de Kiev. Il y a bien sûr une responsabilité de part et d’autre, sans doute il y a une responsabilité aussi bien du côté des pays membres de l’OTAN que du côté de la Russie. Mais nous sommes loin de ces problèmes internes à l’Europe qui risquent, pourtant, d’avoir des conséquences sur le plan économique en Afrique et à Madagascar.
M-M : La neutralité malgache veut-elle dire que le gouvernement n’est pas sensible par rapport à ce qui se passe actuellement en Ukraine ?
R-R : Nous n’en sommes pas indifférents. Bien au contraire, nous sommes préoccupés comme tous les pays en Afrique. Tous les pays africains n’ont pas la même position au regard de la résolution des Nations unies. Nous, nous avons choisi l’abstention par rapport à la première résolution. Et il y a une deuxième résolution présentée par l’Afrique du Sud, à laquelle nous avons été invités en tant que coauteur. Une résolution qui n’a pas été discutée mais qui a, néanmoins, connu des échanges. Dans cette deuxième résolution, Madagascar a voté « pour ». Parce qu’il était question de sujet purement humanitaire, d’assistance humanitaire, et non pas d’aspect qui relève de géopolitique mondiale. Et à l’heure actuelle, j’ai reçu une note verbale de l’Ukraine incitant Madagascar à s’asseoir avec l’Afrique du Sud et d’autres pays, à la table d’une future négociation pour résoudre la crise en Ukraine. C’est pour vous dire que nous sommes actuellement respectés. Ce pays nous appelle à aider dans la résolution de cette crise par le dialogue.
M-M : Pouvez-vous en dire plus sur cette 2nde résolution ?
R-R : Cette 2nde résolution souligne particulièrement la dimension catastrophe humanitaire à savoir que les Nations unies devraient faciliter les aides humanitaires en ouvrant des routes permettant l’assistance humanitaire au niveau de l’Europe. Cette résolution qui a été discutée, mais qui n’a pas été présentée parce qu’il y avait déjà la première résolution qui a été votée avec 140 voix « pour ». Pour cette deuxième résolution à laquelle Madagascar a adhéré, 50 pays ont voté « pour », dont l’Afrique du Sud, la Chine, l’Angola, la Tanzanie. Mais une majorité de pays a voté contre la présentation. Nous ne sommes pas indifférents à ce qui se passe en Ukraine. Mais cette dimension géopolitique, géostratégique, qui met la Russie et les pays de l’OTAN face-à-face, est un jeu que nous n’avons pas voulu cautionner. Nous restons vigilants, fidèles et cohérents vis-à-vis de notre politique étrangère en général et les relations que nous entretenons avec les pays partenaires.
M-M : Qu’en est-il des relations avec les Occidentaux actuellement ?
R-R : Nous entretenons des relations cordiales et respectueuses de l’indépendance dans l’analyse et l’appréciation des situations qui concernent le monde en général. Mais ce qui est important actuellement, c’est le respect, la souveraineté, le respect de l’intégrité territoriale au vu du droit international. Madagascar n’acceptera jamais qu’il y ait une pression d’où qu’elle vienne. Et nous resterons indépendants et fiers des décisions que nous prenons au niveau de l’Etat. Nous avons un chef d’Etat, un chef de gouvernement et un chef de la diplomatie. Nous décidons selon notre appréciation du contexte et nous restons fidèle à notre culture, au caractère de notre peuple, à l’histoire de notre pays. Nous n’avons pas non plus à nous justifier.
M-M : Le groupe Wagner fait du bruit dans d’autres pays d’Afrique. Qu’en est-il pour Madagascar actuellement ?
R-R : Le groupe Wagner n’est pas un groupe qui existe officiellement. Je n’ai pas connaissance qu’il y ait des activités de ce groupe dans le pays. Contrairement à certains pays du Sahel où c’est de la notoriété publique de voir qu’il y a des coopérants militaires russes qui opèrent. À Madagascar, il n’y a pas d’existence réelle.
Recueillis par Rija R.




