
« Fatsiky Lamonty », c’est lui. DJ Mourchidy a relancé le festival cette année à Antsiranana. Portrait d’un des piliers de la scène musicale locale.
« J’ai eu la chair de poule en revoyant le lieu abandonné. Aujourd’hui, on revient et on démarre en force ! » Originaire de Majunga, dans un quartier où il était la seule personne noire de peau, DJ Mourchidy s’initie aux platines à l’âge de 19 ans. Nostalgique, il raconte : « Un DJ du quartier me faisait prendre le relais quand il partait aux toilettes ». L’expérience accumulée petit à petit, il postule ensuite dans une discothèque. DJ Mourchidy commence à se faire un nom dans le nord de Madagascar et devient un prestataire très demandé pour mixer chez des habitants.

En 1994, la plage de Ramena s’apprête à connaître un nouveau tournant. Aux côtés de ses complices DJ Luc, DJ Stone et DJ Jona Rotsaka, il installe ses platines face à la mer et enflamme le lieu. « Tous les gens du quartier sont venus quand ils ont entendu notre musique ! », se remémore-t-il.
Mais par amour, en 1998, l’ambianceur quitte Madagascar pour s’installer à Paris. Les larmes aux yeux, il se remémore l’annonce de son départ : « Ma maman poule ne voulait pas que je la quitte ». Sa conjointe, directrice d’une ONG, est contrainte aux mutations. « Mon billet d’avion était payé. Je partais la voir au Sénégal chaque semaine », raconte DJ Mourchidy. Après six années passées en France, le disc-jockey ne supporte plus de se déplacer. Il explique : « Ma femme souhaitait partir en Inde et j’ai fait le choix de retourner à Madagascar. Donc on s’est séparés ».
En parallèle, sur la Grande île, au début des années 2000, Fatsiky Lamonty voit le jour chaque week-end de Pâques, avec l’objectif de faire de ce festival le plus grand de Diego-Suarez. Mais en 2017, l’insécurité prend le dessus : « Un jeune a été assassiné à Diego. Donc on a tout stoppé », justifie le quinquagénaire.
La célébration reprend donc cette année, pour une 18e édition. Attirées par la présence du célèbre chanteur Wawa dimanche soir, 2 300 personnes ont répondu présent. Pour l’organisateur, ce rassemblement est devenu un poumon pour la région. « Sans nous, Diego n’a pas de festival ! Ce qu’on fait aujourd’hui sert pour l’avenir », assure-t-il. Le message est passé : à Antsiranana, le futur s’écrit au rythme des platines.
Jérémy Pelops


