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Edgard Razafindravahy : « Fanorenana ifotony – Federalisma sahaza », une vision avant-gardiste de la forme de l’État

Le chef de file de l’ADN avait fait « Le Tour de Madagascar en trois ans »

« Fanorenana Ifotony – Federalisma Sahaza ». C’est le titre du livre écrit par le fondateur du parti ADN, Edgard Razafindravahy, et son équipe, après plusieurs mois de réflexion et de travail de synthèse des descentes sur le terrain, ou « fidinana ifotony », à travers tout le pays. Une sorte de brainstorming conforme à la conception particulière de l’autorité politique par cet appareil, qui n’a pas dans son ADN la concentration du pouvoir entre les mains d’une seule personne. Ceci expliquant cela, il n’y a pas de président national, mais un chef de file à la tête de cette formation politique affiliée à l’Internationale libérale et adoubée par le parti libéral danois Venstre. Présenté le 7 mars 2017, l’ouvrage de 161 pages est à la mesure de la vision et de la démarche de l’auteur principal, qui était en avance sur son temps par rapport au débat actuel sur la refondation en général et le fédéralisme en particulier. Le titre, à lui tout seul, est une sorte de résumé, pour ne pas dire de bande-annonce, car il ne s’agit point d’une série d’aventures ni de science-fiction à la Jules Verne. À la différence du célèbre écrivain français qui avait raconté « Le Tour du monde en quatre-vingt-dix jours », Edgard Razafindravahy, avec son ouvrage redevenu en vogue, s’inspire de ce qu’il a réellement vu, vécu et entendu durant le tour de Madagascar en trois ans. Une approche au ras du sol et au plus près de la population pour cet homme de conviction, dont le livre pourrait éclairer le débat actuel autour du fédéralisme, voire de la refondation.

Système politique approprié

Au moment où Madagascar s’interroge à nouveau sur la forme de l’État, une doctrine élaborée plusieurs années auparavant par l’ADN et Edgard Razafindravahy retrouve tout son sens et toute son essence. Derrière le « Fanorenana ifotony – Federalisma sahaza », il ne s’agit pas seulement de réclamer le fédéralisme : ses concepteurs avaient imaginé une véritable reconstruction de l’État malgache à partir de la base. Le débat paraît nouveau. Il ne l’est pourtant pas pour tout le monde. État unitaire ou État fédéral ? Alors que la question de la forme de l’État s’invite désormais dans le processus de Refondation, le microcosme politique malgache redécouvre un sujet longtemps resté à la périphérie des grands débats nationaux. Pour l’ADN, en revanche, cette interrogation ne date pas d’aujourd’hui. En témoigne l’ouvrage « Fanorenana ifotony – Federalisma sahaza », qui se veut une véritable proposition concernant la forme de l’État ou le système politique « approprié ». À première vue, le concept pourrait être rangé parmi les différentes revendications fédéralistes qui ont jalonné l’histoire politique malgache. Ce serait pourtant passer à côté de sa particularité. Car le « Federalisma sahaza » ne propose pas seulement de transformer Madagascar en État fédéral. Il propose de reconstruire l’État malgache à partir de sa base. Changer de régime ou changer de système ? C’est probablement la première rupture proposée par cette doctrine.

Architecture étatique

Depuis l’indépendance, Madagascar a expérimenté différents systèmes politiques : présidence forte, Parlement renforcé, rééquilibrage institutionnel, décentralisation, nouvelles Républiques et révisions constitutionnelles. Pour les auteurs du « Federalisma sahaza », ces changements n’auraient pourtant pas touché au véritable problème. Ils auraient modifié le régime, sans modifier suffisamment le système. « Les dirigeants successifs auraient changé la forme du pouvoir à l’intérieur d’une même architecture étatique. La proposition consiste donc à ne plus simplement corriger cette architecture, mais à la reconstruire ». C’est là que prend son sens l’expression « Fanorenana ifotony ». Littéralement : « reconstruire à partir de la fondation ».

Fédéralisme approprié

Le principe posé est radicalement différent d’une simple déconcentration administrative : « le pouvoir doit partir du fokonolona et remonter vers l’État, plutôt que descendre d’un pouvoir central vers la population ». C’est explicitement l’un des principes énoncés dans le projet. Un fédéralisme qui ne veut copier personne. Le deuxième élément de doctrine se trouve dans le mot « sahaza », qui signifie « approprié » ou « adapté ». L’ouvrage étudie les expériences fédérales étrangères, mais refuse d’en faire des modèles à reproduire mécaniquement. Le document annexe réaffirme d’ailleurs que les systèmes étrangers peuvent fournir des enseignements, mais ne doivent pas être simplement copiés. Le livre fait aussi le distinguo entre fédération et confédération. Madagascar resterait un seul État. Les entités qui le composeraient disposeraient d’une autonomie politique et institutionnelle, mais pas d’une souveraineté permettant leur indépendance. Le texte parle ainsi de régions capables de s’administrer elles-mêmes sans devenir des États indépendants. C’est une précision importante dans un pays où le mot fédéralisme réveille immédiatement les inquiétudes sur l’unité nationale. Le « Federalisma sahaza » précise ne pas vouloir encourager une région à se séparer de l’ensemble national.

Edgard Razafindravahy lors de la présentation de son livre le 8 mars 2017.

18 « Faritra-Fanjakana »

Le document ne propose pas de transformer simplement les 23 régions actuelles en entités fédérées. Il envisage leur remplacement par 18 « Faritra-Fanjakana », construits à partir d’une lecture des appartenances historiques et socioculturelles malgaches. Il prévoit parallèlement six grands ensembles géographiques. La carte et le tableau figurant à la deuxième page de l’annexe matérialisent précisément cette nouvelle organisation territoriale. C’est probablement ici que commencerait le véritable débat national. Car redessiner Madagascar selon ces critères touche à des questions extrêmement sensibles : identité, histoire, représentation politique, « frontières » territoriales et coexistence des populations. La proposition a le mérite de rendre le débat concret. Chaque « Faritra-Fanjakana » disposerait, selon le document, de ses propres institutions, notamment d’un gouvernement et d’une assemblée régionale, dans le cadre de la République fédérale. Le citoyen ne voterait donc plus uniquement pour choisir ceux qui gouvernent depuis Antananarivo. Une part substantielle du pouvoir politique se trouverait dans son territoire.

Répartition des compétences

C’est peut-être finalement ici que le « Federalisma sahaza » rencontre le débat politique de 2026. La question n’est plus seulement : État fédéral ou État unitaire ? Mais qui doit décider de quoi à Madagascar ? Quelles compétences doivent revenir à l’État fédéral ? Lesquelles doivent relever des territoires ? Quelle place réserver aux communes, au fokonolona et aux structures sociales locales ? Et surtout, le pouvoir doit-il continuer à partir d’Antananarivo pour descendre vers les territoires, ou doit-il être reconstruit depuis la base ? Cette dernière interrogation traverse toute la doctrine.

Grandes institutions de l’État

Le « Federalisma sahaza » ne se limite pas au seul découpage territorial. Il propose une transformation de plusieurs grandes institutions de l’État. En matière de sécurité, par exemple, le projet suggère des forces de police territoriales parallèlement à une police fédérale, tandis que l’armée resterait sous le commandement de l’autorité fédérale. La justice serait aussi profondément remaniée avec, principalement, une articulation entre juridictions territoriales et justice fédérale, mais aussi l’intégration de mécanismes inspirés à la fois des réalités malgaches — notamment le dina — et de certaines traditions juridiques étrangères. Le projet prévoit également un Parlement fédéral monocaméral composé de représentants issus des 18 entités fédérées. On est donc loin d’un simple changement de vocable constitutionnel.

Collège fédéral de 6 membres

Une autre proposition pourrait, elle aussi, provoquer de longues discussions. Le document propose effectivement que la présidence de Madagascar ne soit plus exercée par une seule personne. À sa place, serait institué un collège fédéral de six membres, représentant les six grands ensembles géographiques envisagés. Ses membres disposeraient de pouvoirs équivalents et la direction du collège serait tournante, selon une logique qui se rapproche du modèle suisse. Derrière cette proposition institutionnelle apparaît une préoccupation politique beaucoup plus ancienne : éviter qu’une seule personne concentre l’essentiel du pouvoir national. La question mérite d’être évoquée, qu’on soit pour ou contre.

« Mahita volana alohan’i Habib »

L’ADN a-t-il prédit le débat actuel ? Une chose est sûre : le livre « Fanorenana ifotony – Federalisma sahaza » ne comportait pas seulement une revendication fédéraliste. Il tentait déjà de répondre à la question qui se pose désormais à Madagascar : si l’on change la forme de l’État, que va-t-on mettre à la place ? C’est peut-être là que le débat actuel devra désormais progresser, car il ne suffit pas de voter simplement pour des mots, pour ne pas dire des maux, c’est-à-dire État unitaire ou État fédéral. Encore faut-il expliquer aux Malgaches ce que chacun de ces choix changera concrètement dans leur commune, leur région, leur justice, leur sécurité, leurs impôts, leur représentation et leur vie quotidienne. Sur ce terrain, les auteurs du « Federalisma sahaza » ont au moins le mérite d’être allés jusqu’au bout de leur raisonnement, en avançant une carte, des institutions et une répartition du pouvoir. Certaines propositions séduiront, d’autres seront logiquement contestées. Une chose est sûre : face au débat actuel sur le fédéralisme, le livre est à la… page.

R.O

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3 Commentaires

  1. Un concept sans tête ni queue qui surfe sur l’ethno-régionalisme scandé actuellement . En gros une récupération politique des débats actuels pour un parti en mal d’audience nationale !

  2. combien d’électeurs malagasy sont capables de comprendre les enjeux d’un Etat Unitaire ou d’un Etat fédéral ? comment un peuple composé en majorité de DRABA culturel et éducatif, et dirigé par une flopée de SAGNAGNA politiques peut mener à bon port les défis d’un Etat Unitaire ou d’un Etat fédéral. Voyons les choses honnêtement : est-ce que le quidam de Bekopaka (je suis certain que très peu sache où cela se trouve (à moins de consulter une carte ou interne) est capable de décortiquer et de juger l’ouvrage de Monsieur Edgar dans un sens constructif (et ils sont la majorité des électeurs). C’est comme faire écouter à des sourds une symphonie de Beethoven !!! C’est en tout cas l’avis d’un Bacc MOINS 20.

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