
Malgré un calendrier encore flou, en attendant les résolutions de la concertation nationale, l’arène politique est en ébullition. Cinq prétendants majeurs sont déjà sur le pied de guerre, multipliant les descentes et s’arrachant les médias.
À tout seigneur, tout honneur. Le locataire d’Iavoloha domine cette course prématurée. Entre inaugurations en cascade et poses de première pierre hautement médiatisées, le chef de l’État, le colonel Michaël Randrianirina, dicte habilement le tempo. S’il n’a pas encore officialisé noir sur blanc sa candidature, ses multiples sorties de terrain en disent long sur ses intentions réelles pour la suite des événements. À l’image de son récent passage remarqué à Antsirabe, où il n’a pas hésité à aller au contact direct de la population, alternant entre posture institutionnelle rigoureuse et gestes de proximité très commentés dans les chaumières. Entre image de bâtisseur pressé et structures étatiques mises à contribution, la machine est indéniablement bien lancée.
Vieille garde
Face à cette omniprésence manifeste du pouvoir en place, la vieille garde politique ne désarme pas pour autant et fourbit ses armes. On retrouve ainsi en première ligne l’ancien président Marc Ravalomanana, le revenant Hery Rajaonarimampianina et l’infatigable Hajo Andrianainarivelo. Le point commun indéniable de ce trio aux ambitions affirmées ? Une solide bouteille dans la course tumultueuse à la magistrature suprême et des partis solidement ancrés dans les profondeurs des régions. Si « Dada » et son parti Tiako i Madagasikara (TIM) brillent par une cadence de tournée infernale pour retisser la base et rassurer les inconditionnels, le Hery Vaovao ho an’i Madagasikara (HVM) et le Malagasy Miara-Miainga (MMM) ne sont pas en reste. Entre congrès régionaux, restructurations internes et assises politiques, ces formations maintiennent la pression et galvanisent leurs militants au quotidien. Pour ces trois poids lourds de la vie politique nationale, hors de question de laisser le monopole du terrain aux locataires actuels du palais d’Iavoloha.
Outsider de taille
Mais la véritable curiosité de cette « pré-campagne matinale », qui passionne déjà les observateurs les plus aguerris de la scène politique, nous vient d’un outsider de taille qui bouscule habilement les pronostics établis : le député Antoine Rajerison. Élu haut la main dans le district d’Arivonimamo et patron incontesté du parti FIVOI, cet élu mène une opération de charme chirurgicale, particulièrement ciblée sur le monde rural et la paysannerie. Après avoir habilement grignoté des parts de marché électoral sur les Hautes Terres centrales lors des précédentes consultations locales, l’homme a amplement démontré qu’il savait mobiliser les foules sans ciller. Lors de ses récentes sorties, notamment dans le cadre de rassemblements d’envergure, il a drainé un parterre impressionnant de citoyens conquis. Son franc-parler légendaire, sa gouaille populaire et sa proximité affichée sans fard avec les galères quotidiennes des agriculteurs font mouche à chaque intervention.
Trouble-fêtes
Si Antoine Rajerison n’a pas encore totalement conquis la paysannerie de l’ensemble des provinces de la Grande île, sa dynamique ascendante commence sérieusement à donner des sueurs froides aux états-majors traditionnels, trop sûrs d’eux. S’il confirme l’essai lors des prochains mois décisifs, il pourrait bien endosser le costume parfait des trouble-fêtes de luxe dans cette course qui s’annonce déjà homérique. Une chose est d’ores et déjà sûre et certaine : la bataille acharnée pour la conquête des cœurs et des esprits des électeurs malgaches a bel et bien commencé sur le macadam, loin des certitudes douillettes des salons capitonnés de la capitale. Les dés ne sont pas encore jetés dans l’urne, mais la route sinueuse vers 2027 s’annonce d’ores et déjà palpitante et riche en rebondissements inattendus.
Julien R.




