
Après le PRRM, Michaël Randrianirina, le PAN Siteny Randrianasoloniaiko et les influenceurs pro-régime, le président de la CENI, Thierry Rakotonarivo, a également participé à la ruée vers le Kremlin.
« La Russie est prête à nous aider et nous accompagner dans l’organisation des prochaines élections », c’est ce qu’a déclaré le président de la Commission électorale nationale indépendante (CENI), Thierry Rakotonarivo. Un message fort que le numéro un de l’organe en charge des élections a prononcé après son déplacement à Moscou. En effet, contre toute attente, ce dernier avait, lui aussi, bénéficié d’un voyage tous frais payés en Russie. Un voyage historique qui risque pourtant de porter atteinte à la crédibilité de l’organe en charge de l’organisation des élections, car il a lieu pile au moment où plusieurs observateurs nationaux et internationaux se posent des questions sur la décision du régime de refondation d’orienter sa politique et sa diplomatie vers Moscou. À en entendre Thierry Rakotonarivo, la Russie se propose de contribuer au financement électoral. Selon ses dires, afin d’accélérer la collecte des résultats et de réduire le délai de publication des résultats de vote à une semaine au lieu de quelques mois, le gouvernement russe aurait proposé de fournir des matériels et des technologies de pointe à la CENI. Il s’agit certainement de logiciels de traitement des listes et des données électorales. À la suite de cette annonce, les observateurs ont réagi en exprimant leur inquiétude, car une telle décision pourrait engendrer un risque d’ingérence russe dans la prochaine élection présidentielle.
Choix stratégiques
Nul n’ignore, en effet, que Moscou tente par tous les moyens d’imposer sa présence et sa mainmise sur le continent africain et que Madagascar figure parmi ses choix stratégiques. La présence d’éléments paramilitaires russes sur le sol malgache, assurant la sécurité des dirigeants actuels, est la preuve indiscutable de la proximité du régime de refondation avec les autorités russes. Force est aussi de rappeler que la Russie était le premier pays à avoir été visité par le PRRM, le colonel Michaël Randrianirina, après sa prise de pouvoir en octobre 2025. C’était aussi le cas du nouveau patron de la CENI. En tout cas, cette déclaration de Thierry Rakotonarivo risque d’alimenter davantage le manque de confiance de la population envers l’organe en charge de l’organisation des élections. Bon nombre d’observateurs estiment que ce schéma pourrait favoriser un éventuel candidat pro-russe. Nul n’ignore que les récentes élections présidentielles organisées au pays ont toujours été marquées par un duel à distance et/ou manipulées par les mains invisibles de puissances étrangères. Le scrutin de 2027 risque ainsi de ne pas faire exception.
Campagne de désinformation
États-Unis, Royaume-Uni, France, Allemagne, Espagne, Roumanie et, dernièrement, la Moldavie. Tous ces pays se disent avoir été victimes d’ingérence russe durant leurs élections ou référendums, via des campagnes de désinformation, des cyberattaques et des financements occultes. Ce, dans l’objectif de déstabiliser les démocraties et de soutenir des candidats pro-russes, a-t-on affirmé. Susan Davis, membre de l’Assemblée parlementaire de l’OTAN représentant les États-Unis, avait présenté un rapport expliquant que les actions consistent à accentuer les piratages et les fuites d’informations, et à prendre pour cibles les institutions politiques et les médias. Les utilisateurs des médias sociaux sont, quant à eux, exposés à la diffusion de fausses informations et font l’objet de campagnes de propagande coordonnées, a-t-elle fait savoir dans ce rapport rendu public. Actuellement, des questions se posent sur l’objectif réel de l’envoi de 7 influenceurs malgaches en Russie. Officiellement, ils auraient fait le déplacement pour suivre une formation de 10 jours.
Juge et partie
Plus d’un an avant l’échéance électorale prévue en 2027, les tenants du pouvoir sont amenés à mettre en place toutes les conditions nécessaires pour la tenue d’une élection véritablement libre, transparente et accessible à tous. D’autant plus que, logiquement, la mission d’un régime de transition devrait consister uniquement en la préparation et l’organisation des élections, et non à préparer le terrain pour obtenir un mandat électif. Pour l’heure, en entretenant le suspense par rapport à sa candidature à la prochaine course à la magistrature suprême, le col. Michaël Randrianirina est accusé de vouloir s’approprier le statut de juge et partie. Bon nombre d’observateurs estiment qu’actuellement, les tenants du pouvoir sont en train de réunir tous les ingrédients nécessaires en vue de concrétiser cette option. Nul n’ignore pourtant qu’un tel calcul politique risque de plonger le pays dans une nouvelle crise postélectorale.
Davis R


