
Les autres forces politiques sont complètement anéanties, en cavale, emprisonnées, ou sous le coup d’une poursuite judiciaire.
Pensée unique
Le régime en place est en train de tout mettre en œuvre pour se donner l’occasion de faire cavalier seul lors de la prochaine élection présidentielle. Vu les évènements de ces derniers jours, force est de constater que l’opposition est actuellement quasi inexistante. Tous les adversaires potentiels sont réduits au silence. Seuls les alliés de la Refondation occupent le terrain. Les autres forces politiques sont complètement anéanties, en cavale, emprisonnées, ou sous le coup d’une poursuite judiciaire. Même les militants de la Génération Z, qui ont tenté de dénoncer la mauvaise gestion du pays et qui ont insisté pour réclamer la dissolution des institutions qu’ils qualifient d’obsolètes, semblent complètement muselés et étouffés. On pourrait donc s’acheminer vers une élection à sens unique où tous les acteurs vont se regrouper autour d’un collectif de soutien au candidat du régime.
Poste stratégique
Les potentiels candidats, dont la plupart ont formé le collectif des candidats C11 en 2023, pourraient offrir leur soutien unanime à celui qui portera le maillot de la Refondation, à l’exception, peut-être, de Marc Ravalomanana. L’ancien Président a déjà affiché sa détermination à se présenter pour la prochaine course à la Magistrature suprême. Le Tiako i Madagasikara reste toutefois un allié de fait du régime dirigé par le colonel Randrianirina. À maintes reprises, Dada a martelé son soutien au régime. De plus, trois ministres au sein du gouvernement Rajaonarison sont issus du TIM, à savoir Hanitra Razafimanantsoa, Todisoa Andriamampandry, ainsi que Lily Rafaralahy. En outre, la présidence de la Délégation spéciale de la Commune urbaine d’Antananarivo, un poste stratégique en matière électorale, a également été confiée au TIM. Bon nombre d’observateurs estiment qu’avec l’élimination politique d’Andry Rajoelina, Marc Ravalomanana est en pôle position pour gagner la prochaine présidentielle. Reste à savoir le deal que le numéro Un de l’Empire Tiko aurait conclu avec les tenants du pouvoir actuel après la réouverture de son usine Tiko. Dans ce cas, il pourrait s’effacer pour laisser le champ libre au colonel Randrianirina dont les déplacements aux allures de précampagne affichent une préparation à l’épreuve des urnes.
Rôles clés
Hery Rajaonarimampianina, pour sa part, opte pour la discrétion. Pressenti au poste de Premier ministre lors de la formation du premier gouvernement de la Refondation, le patron du Hery Vaovao ho an’i Madagasikara semble avoir pris ses distances, même si des membres de son parti jouent des rôles clés dans la gestion des affaires de l’État. Plusieurs figures du HVM sont placées dans l’entourage direct du PRRM, à l’instar d’Onitiana Realy, ancienne ministre du temps des Kravaty Manga et actuelle directrice de cabinet du PRRM, et de Rolly Mercia, directeur de la communication. À eux s’ajoute le ministre de la Jeunesse et des Sports, Alain Désiré Rasambany. Selon les indiscrétions, Rivo Rakotovao, président national du HVM, serait aussi sur le point d’être nommé ambassadeur.
Règle non écrite
Le président de l’Assemblée nationale, Siteny Randrianasoloniaiko, a déjà annoncé qu’il ne sera pas candidat tant que le col. Michaël Randrianirina reste au pouvoir. Le député de Toliara I entend donc s’éclipser pour laisser la place à l’actuel homme fort du pays, même si, en cas d’élection du colonel Béret vert, il n’aura aucune chance d’accéder au poste de Premier ministre à cause de la règle non écrite qui interdit à deux personnalités issues d’une même origine ethnique d’occuper les deux chefferies de l’Exécutif. Même cas pour Baba Rakotoarisoa, président du parti APM, qui fera tout pour rester dans le système, tout comme Jean Brunelle Razafintsiandraofa, déjà placé en tant que chef de la Région Fitoviany.
Recul
Hajo Andrianainarivelo semble avoir pris du recul par rapport au Fanavaozana. Les observateurs s’interrogent sur une éventuelle tension entre les anciens compagnons de la lutte ayant conduit à la chute du régime Rajoelina. À souligner toutefois que le MMM dispose d’un poste ministériel au sein de l’actuel gouvernement, en la personne du ministre du Travail, de l’Emploi et de la Fonction publique, Mac Denis Franconio. Au vu de sa position politique ambiguë, le parti MMM, pourtant habitué à présenter des candidats à toutes les échéances électorales, pourrait s’abstenir de présenter un candidat. Son adhésion au sein d’un éventuel collectif de soutien au colonel Michaël Randrianirina ne serait cependant pas un scandale.
« Patron »
Il serait aberrant de voir les autres candidats ayant formé le C11 en 2023, qui ont choisi d’intégrer la Refondation, se présenter à l’élection pour rivaliser avec leur « patron ». D’ailleurs, leurs voix pourraient beaucoup compter pour ce régime qui est, pour le moment, dépourvu de base politique. En termes de popularité, la chance pour ces partis et/ou groupuscules de gagner une élection est infime. Parmi ces ex-candidats, on peut citer, entre autres, Paraina Auguste, nommé ambassadeur auprès de l’Union africaine et en Éthiopie, Andry Raobelina, président de l’ARB, et Tahina Razafinjoelina, tous les deux nommés conseillers du PRRM.
Prise d’écart
Pour l’heure, Roland Ratsiraka et le Malagasy Tonga Saina n’ont pas adhéré au régime de transition. Bien qu’il s’abstienne de toute critique contre le pouvoir, les interventions du député de Toamasina traduisent une certaine prise d’écart. Un autre ex-candidat, Jean-Jacques Ratsietison, quant à lui, ne mâche pas ses mots, comme à son habitude d’ailleurs, pour dénoncer ce qui ne va pas au pays. En tout cas, on pourrait s’attendre à ce que les membres du collectif des candidats s’associent de nouveau pour soutenir le candidat du régime en place. En politique, les intérêts et avantages personnels motivent souvent les alliances. Reste à voir si cette coalition de petits partis fera le poids contre les grandes écuries comme le Tiako i Madagasikara.
Davis R


