Madagascar ne fait pas uniquement face à des coupures d’électricité. Pour Ndriantsoa Rahasimbola, président fondateur de l’association TSO-RAY MANAVO, la situation révèle une crise énergétique structurelle, qui appelle une réponse durable, fondée sur ses conséquences humaines. La dépendance aux carburants importés, les tensions géopolitiques et les incertitudes liées, notamment, au détroit d’Ormuz et à Moscou peuvent accentuer la fragilité du système énergétique malgache. Derrière les chiffres se trouvent des familles confrontées aux difficultés d’éclairage, des écoles perturbées et des centres de santé dont le fonctionnement peut être affecté. L’accès à l’énergie conditionne directement la santé, l’éducation et les revenus. Dans cette perspective, un faible indice de développement humain (IDH) doit être considéré comme un signal d’alerte et non comme une fatalité.
Un enjeu de dignité
Ndriantsoa Rahasimbola s’appuie notamment sur les travaux de l’économiste Thomas Piketty sur les inégalités et le rôle des choix politiques. Il défend une société malgache « plus juste, résiliente et solidaire », dans laquelle la sagesse ancestrale, l’ancrage culturel, la foi et la solidarité pourraient contribuer à mieux anticiper les crises. Pour lui, l’énergie ne doit pas être considérée comme un simple produit ou un luxe, mais comme un levier du développement humain et une condition essentielle de la dignité.
Face à cette situation, TSO-RAY MANAVO avance cinq propositions. La première est la création d’un Bureau indépendant pour la protection et la garantie des consommateurs (BIPGC), destiné à défendre les intérêts des consommateurs et à favoriser le règlement des différends. La deuxième porte sur une stratégie nationale de stockage diversifiée, afin de mieux anticiper les perturbations d’approvisionnement et de réduire l’exposition aux tensions géopolitiques. L’association préconise également une protection renforcée des populations vulnérables, avec une tarification sociale, la continuité énergétique des hôpitaux, des écoles et des services de secours, ainsi qu’un mécanisme d’indemnisation automatique en cas de préjudice. Elle propose aussi la publication régulière d’indicateurs liés aux ODD 7, 10 et 16, ainsi qu’à l’IDH, pour mesurer les progrès accomplis. Enfin, elle appelle à la mise en place d’un pacte énergétique national réunissant institutions publiques, société civile et partenaires techniques et financiers.
m.L


