
Mai s’en va. Juin s’apprête à faire son entrée. Ce mois marque profondément l’histoire de Madagascar puisque, le 26 juin 1960, à Mahamasina, le premier président de la République malgache proclama l’indépendance tant revendiquée par les nationalistes et les patriotes à travers toute la Grande île depuis l’installation de la présence française à la fin du XIXe siècle.
Soixante-six ans d’indépendance ! Le chiffre parle de lui-même. Le pays a largement dépassé le demi-siècle de souveraineté. Durant ces décennies, quatre Républiques, comme quatre générations, se sont succédé. Pourtant, Madagascar s’enfonce davantage dans la pauvreté, alors qu’une bonne dizaine de pays africains frères, qui se trouvaient dans une situation comparable entre 1960 et 1970, ont connu une trajectoire différente. Comptant autrefois parmi les dix pays les plus développés du continent, Madagascar figure aujourd’hui parmi les nations les plus démunies du monde. Les facteurs de cette régression sont multiples. Des érudits, des économistes et des spécialistes des sciences humaines ont déjà fait couler beaucoup d’encre sur le sujet.
La fête nationale est un moment de communion entre le peuple et ses dirigeants. Mais elle devrait également constituer, chaque année, une occasion pour les gouvernants de dresser un bilan et d’esquisser des perspectives d’avenir. Or, les cérémonies paraissent monotones au fil des ans, aussi bien dans la capitale que dans les régions. Distinctions honorifiques décernées aux fonctionnaires ayant, dit-on, sacrifié une grande partie de leur vie au service de l’État — les fameux « nahavita be teto amin’ny firenena » —, parades militaires, démonstrations de force des associations issues des villes et des districts, le tout rythmé par les fanfares aux cuivres étincelants, soigneusement astiqués par les soldats une semaine avant le jour J. Le régime du Fanavaozana souhaite aujourd’hui rompre avec cette routine en invitant les autorités et la population à revêtir des tenues traditionnelles. Une célébration en mode « gasy-gasy ». Il faut reconnaître que l’initiative n’est pas mauvaise en soi. Le gouvernement entend raviver un patriotisme longtemps relégué au second plan. Cette décision a suscité des réactions dans les milieux observateurs de la vie sociopolitique, des réactions parfois ambiguës. Lazar Andriantsimiamina, président fondateur de la modeste organisation Firenena Miaina, a salué la proposition du président de la Refondation de la République malgache.
« Souvent, seul le chef de l’État s’habille en gasy-gasy. À présent, c’est tout le pays qui honore la fête nationale de cette manière. C’est un grand pas. J’étais déjà entièrement convaincu par le discours du colonel Randrianirina lors de la commémoration de l’insurrection du 29 mars. Il disait : « À compter de ce jour, que tous les Malgaches posent leur main droite sur la poitrine gauche. Ces gestes sont très importants », a-t-il confié. L’écrivain Libertador, quant à lui, ne partage pas cet avis. Selon lui, « le geste relève davantage du paraître (…) Il n’y a que les actes qui comptent. Les preuves doivent être concrètes. »
Iss Heridiny


