Les scribes modernes sont désormais négligés. Aujourd’hui, ce sont ceux qui apparaissent le plus sur les petits écrans des smartphones qui sont suivis, écoutés. Ils savent parler, impressionnent les jeunes, attirent les entreprises.
La nouvelle technologie gagne de plus en plus d’ampleur. Oui, il serait tout de même absurde de dire qu’elle ne sert à rien. Elle est incontournable. Elle constitue un trait d’union entre homo economicus et homo connectus. Pas étonnant si les publicités et les affichages sont désormais gérés par les stars des nouveaux médias, au détriment de certains organes de presse fidèles au vieux jeu. Le « game » a changé ! Dans un endroit vulnérable aux inondations, savoir nager n’est guère une solution pérenne. Il faut s’adapter. En effet, les professionnels de l’information s’y mettent. Les articles publiés dans les journaux, les émissions autrefois diffusées à la télévision ou sur les ondes sont désormais retransmis en direct sur les réseaux sociaux, notamment Facebook. En revanche, le public, majoritairement jeune, les « scrolle » sans hésiter, si ce n’est pour quelques flashs d’information, impressionnants par leur forme ouverte ou implicite. « Les jeunes, pour la plupart, ne s’intéressent guère aux informations livrées par la presse conventionnelle. Ils sont plutôt dans le talk-show. Pour eux, la presse est synonyme de politique, donc pour les vieux. En outre, les étudiants sont obligés de la suivre parce que non seulement leurs études en dépendent, mais l’exigence vient des enseignants », constate l’ingénieur en télécommunication Sandrinet Randriantsoa.
Les vedettes du moment recherchent des scènes teintées d’humour, des paroles relativement crues ou encore des mimiques faciales, autant d’atouts capables de capter l’attention du public. Cette image, bien que tout le monde soit convaincu qu’elle puisse mener aussi bien à l’aboutissement, c’est-à-dire au profit du créateur, qu’à l’abrutissement de la population, ne doit toutefois pas conduire à mettre toutes ces étoiles montantes dans le même sac. Bon nombre de créateurs de contenu stimulent l’esprit. Cette voie mérite d’être soulignée. À vrai dire, la communication à travers les médias sociaux semble fluide. C’est justement cette expression sans rhétorique ni allégorie qui capte la jeunesse. « Ils n’ont plus le temps de décoder le message. Ils apprécient les personnes qui vont droit au but », explique l’apprenti sociologue de l’Université d’Ambohitsaina, Vincent Colin Andriamahenika. De surcroît, le régime Fañavaozana, quoiqu’il n’affiche pas ouvertement sa position, favorise les célébrités des réseaux. D’une part, le gouvernement, convaincu de « l’art de persuasion » de celles-ci à travers le nombre d’abonnés, les oriente subtilement vers son idéologie politique. Certes, cette stratégie est pratiquée dans diverses nations du monde. Toutefois, celle de la Grande-Île semble complètement inédite. Facebook devient ainsi un terrain de dispute, d’outrage et de diffamation publique, bref, de désinformation. Sous un autre angle, le renversement de l’administration Rajoelina aurait été rapide, à la faveur d’une communication largement portée par les influenceurs. Donc, de peur que cela ne se reproduise, ou plutôt par crainte d’un retournement de situation, le pouvoir gâte follement les nouvelles figures d’opinion.
Iss Heridiny




