
Dès ses premiers jours, ce mois qui autorise toutes les plaisanteries, des plus salées aux plus amères, annonce la fin de l’été et une période cruciale pour l’agriculture. Les routes, enfin, deviennent praticables… enfin, presque.
Avril est un mois qui marque l’histoire de la Grande île. Depuis la fin du XIXᵉ siècle jusqu’au XXᵉ, les événements s’y sont succédé comme des dominos. Le 23 avril 1895, les militaires français débarquent à Mahajanga. La colonisation frappe à la porte… à grands coups de bottes. Madagascar devient protectorat français, et la brutalité s’installe comme une mauvaise habitude. Un demi-siècle plus tard, en avril 1946, les deux stars du parti nationaliste MDRM, Ravoahangy et Raseta, réclament un « État libre au sein de l’Union française ». On applaudit l’ambition, mais le pays reste une « région française de seconde zone ». La liberté, apparemment, a des quotas. Un an plus tard, en avril 1947, l’insurrection malgache menée par les nationalistes s’étend sur l’île. Les villages les plus reculés se soulèvent. Mais l’administration coloniale, fidèle à elle-même, réprime la révolte avec zèle. Le 2 avril 1960, deux mois avant l’indépendance, « la République malgache signe des accords de coopération avec la France ». En gros : « On t’aime bien, mais on ne t’abandonne pas complètement. » En avril 1971, Monja Jaona, leader de Monima, orchestre la « révolution paysanne ». Premier à dénoncer le néocolonialisme, il transforme les champs en véritables champs de bataille. Les légumes n’en demandaient pas tant… Et plus près de nous, le mercredi 17 avril 2002, suite à la crise post-électorale, Marc Ravalomanana et Didier Ratsiraka signent l’accord de Dakar pour apaiser les tensions. Sauf qu’une fois de retour à Madagascar, le bras de fer reprend de plus belle.
Lutte contre l’installation française, insurrection, négociations et accords de paix… Avril, dans l’histoire malgache, est un mois qui ne connaît pas l’ennui. Cette année, les concitoyens espèrent simplement que tout roule… comme sur une roulette. Et que le fanavaozana se concrétise enfin, pour de vrai !
Recueillis par Iss Heridiny


