
Les chanteurs engagés continuent, depuis sept mois, à produire des œuvres de plus en plus incisives. Sans conteste, le pays est loin d’être à l’abri du danger. En toute objectivité, la Grande île plonge dans un chaos grandissant. Le régime en place, bien qu’il se présente comme le garant de la paix, se heurte à d’énormes difficultés. Outre les délestages, qui plongent les zones reculées dans le noir, la misère frappe de plein fouet les concitoyens, tandis que l’insécurité et les kidnappings sèment la terreur. Les habitants de la capitale, en particulier, vivent dans la peur. Si cela ne tenait qu’à eux, ils préféreraient rester chez eux plutôt que de risquer de tomber entre les mains des « voleurs d’âmes ».
Par conséquent, la semaine dernière, deux artistes, dont l’un est une étoile montante du jijy et l’autre une figure bien connue des inconditionnels du ragga-dancehall, ont sorti des morceaux abordant ce sujet épineux. Marolahy, le nouveau protégé de Davalt Record, a publié, le jeudi 23 juillet, sur Facebook, « Mitandrema », littéralement « Faites attention », en faisant allusion au rapt d’enfants. Un acte criminel qui ne relève plus de la simple rumeur, puisque tous les journaux et les réseaux sociaux s’en font l’écho. En l’espace de trois semaines, près d’une centaine de personnes auraient disparu dans des circonstances inexpliquées. Marolahy appelle ainsi ses compatriotes à faire preuve de prudence et de vigilance.
Le second est Kipikilahy Bandem. Cette figure de la musique urbaine de Toamasina, leader d’opinion respecté de la jeunesse, a également son mot à dire. Dans un titre qui martèle les oreilles des auditeurs, ce monument du ragga-dancehall ne mâche pas ses mots. Ses paroles sont crues. La colère et la déception jaillissent de sa gorge comme la lave d’un volcan en éruption. Rappelons que l’artiste avait pris part aux manifestations de septembre-octobre 2025 visant à renverser l’administration Rajoelina. En revanche, la sueur et le sang versés l’ont malheureusement été en vain. Pis encore, la situation ne cesse de se dégrader. Kipiky n’en est pas à son premier texte engagé. Trois mois après l’installation du Fanavaozana, la star incontestée du ragga-hip-hop figurait déjà parmi ses « frères de son » à pointer du doigt les dirigeants. « Je l’avais déjà senti », avait-il lancé. Certes, il est difficile de redresser un pays en 90 jours. Cependant, son instinct ne l’a pas trompé. Cette profonde résonance émotionnelle l’a ainsi inspiré à noircir des pages.
En effet, l’arrivée au pouvoir de l’équipe de la Refondation a suscité de profondes interrogations, aussi bien chez les compatriotes que chez les jongleurs de mots. Quoi qu’on en dise, cette accession au pouvoir ne faisait pas l’unanimité, même si elle avait ravivé l’espoir chez certains. Apparemment, cette flamme commence aujourd’hui à s’éteindre.
Par ailleurs, plusieurs œuvres diffusées entre la fin de l’année 2025 et le premier trimestre 2026 demeurent d’une brûlante actualité. Outre « Mitohy ny tolona », une initiative du label Kolontsaina Mainty réunissant une bonne dizaine de poètes de rue, KJ, autre rappeur, dévoile, dans son album Mae Culpa, officiellement sorti le 25 décembre 2025, le clip Felahako ty, publié en juin dernier. Celui-ci retrace également les épreuves traversées par ses compatriotes.
En vérité, les paroliers précités ne constituent qu’un aperçu parmi tant d’autres. Les slameurs, les écrivains, les peintres et les metteurs en scène dressent, chacun à leur manière, le même constat amer. Oui, les véritables artistes sont la conscience critique de la société.
Iss Heridiny


