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samedi, septembre 26, 2026
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Expression : Le contrat sonne faux à Diego

La scène artistique de la ville du Pain de Sucre, habituellement vibrante et généreuse, semble aujourd’hui prise de tremblements, non pas sous l’effet d’une révolution culturelle, mais plutôt d’un malaise persistant, presque devenu une tradition locale, à défaut d’être un patrimoine immatériel reconnu.

L’annulation du concert prévu lors du Fatsiky Lamonty, le lundi de Pâques, a servi d’étincelle dans une poudrière déjà bien tassée. Deux artistes, Roméo et Oksi, ont élevé la voix, un réflexe professionnel, certes, mais cette fois hors micro et sans cachet. Dans leur ligne de mire : Dj Mourchidy, figure bien connue du paysage événementiel local, au point qu’on pourrait presque dire qu’il fait partie du décor, voire des meubles. Selon les plaignants, ce dernier aurait une conception assez personnelle du mot « contrat », oscillant entre abstraction juridique et poésie improvisée. « Ce n’est pas la première fois », déplore Roméo, visiblement habitué à ce genre de récital hors programme. « Il nous traite comme des enfants… sauf quand il s’agit de remplir la salle. Là, nous redevenons miraculeusement des professionnels. » Oksi, quant à lui, rappelle, avec une douceur presque pédagogique, que la création artistique a un coût : studios, clips, promotion, autant d’investissements qui, visiblement, ne trouvent pas toujours écho dans les fameuses « enveloppes » distribuées avec parcimonie. Des enveloppes si légères qu’on pourrait croire qu’elles contiennent davantage d’air que de reconnaissance.

Mais au-delà de ce différend se dessine un problème plus profond, celui d’un dialogue de sourds entre générations. Dans la ville de Varatraza déjà, il y a deux ans, des artistes tiraient la sonnette d’alarme. Sans grand succès, semble-t-il, puisque la cloche continue de sonner dans le vide. Les jeunes dénoncent une forme de rétention symbolique du pouvoir culturel. « Les anciens refusent de passer le flambeau », disent-ils, non sans une pointe d’amertume. Les aînés, eux, opposent un argument imparable et intemporel : « Ils manquent de respect. » Dialogue parfaitement équilibré, où chacun campe sur ses certitudes, pendant que la scène, elle, attend toujours son entracte salvateur.

Et pendant ce temps, des artistes venus d’ailleurs trouvent tapis rouge et faveurs locales. Les mêmes organisateurs, soudainement pris d’une générosité quasi philanthropique, semblent redécouvrir les vertus de l’hospitalité, à condition qu’elle soit importée. Les talents locaux, eux, peuvent toujours admirer le spectacle depuis les coulisses, bien entendu. N’est-ce pas là la mission première de ces entrepreneurs culturels autoproclamés : promouvoir l’art local ? Ici, les planches s’illuminent volontiers sous les pas des artistes venant d’autres contrées. Mais pour les étoiles montantes de la région, ces mêmes planches ressemblent davantage à un parcours d’obstacles instable, accidenté, presque hostile. Malgré tout, ils continuent de monter dessus, avec cette obstination propre à ceux qui n’ont, au fond, que leur talent et leur espoir à opposer à l’indifférence.

Reste à savoir combien de temps encore la scène pourra tenir sans s’effondrer sous le poids de ces contradictions. Ou, pour le dire autrement : à force de mépriser ses propres artistes, une ville ne finit-elle pas par organiser, elle-même, le silence de sa culture ?

Iss Heridiny

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