
La communication est un art subtil. Il n’est pas toujours simple de capter l’attention ni de comprendre les intentions de son interlocuteur, d’un public ou même d’une population. Elle demande de l’écoute, de l’observation et un certain savoir-faire pour créer cette impression d’être « sur la même longueur d’onde » et de parler un langage commun.
L’image prend le pas sur le message
À Madagascar, cet exercice n’a cessé d’évoluer au fil des périodes, des contextes et des circonstances, dépendant, bien entendu, du régime en place. Durant ces deux dernières décennies, il s’est largement basé sur le paraître. Ainsi, les membres des deux chambres législatives, le chef de l’État, la Primature, les ministres, les chefs de district et même les directeurs régionaux se lancent dans des stratégies de visibilité visant à séduire et à se faire apprécier. Lors des cérémonies officielles, plus d’une cinquantaine de caméras de différentes marques sont braquées vers la tribune où se trouvent les hauts dignitaires. Chaque communicant oriente alors son objectif vers son « patron ». Ensuite, sans tarder, des photos de celui-ci, accompagnées de légendes élogieuses, sont publiées sur la page Facebook portant son nom. Il faut être « le premier sur la balle », comme aiment dire les responsables de la com’.
Entre rivalités et mise en scène
Cette méthode n’a rien de mauvais en soi, compte tenu de l’avènement des nouveaux médias. Si le message traduit un « nous sommes ensemble », alors, très bien. Cependant, au vu des gestes des acteurs, il semble que l’intention aille parfois à l’encontre de cette volonté d’unité. Autrement dit, une compétition tacite s’installe au sein des dirigeants. Force est de rappeler que, même lorsqu’ils se présentaient comme une équipe solide, l’administration Rajoelina ressemblait déjà à un panier de crabes. D’ailleurs, elle l’a toujours été depuis la transition de 2009 à 2013. L’interaction délétère s’est intensifiée durant la période post-Covid. Apparemment, la distanciation sociale a aussi marqué une fissure… La dislocation du groupe orange est le résultat de plusieurs facteurs. Au conflit interne s’ajoute l’absence de coordination centralisée. Chaque acteur agit de manière individuelle. Le « Fanavaozana » s’achemine vers cette pratique douteuse. Ici, c’est un véritable nid de vipères ! Les représentants de l’État se comportent comme des stars. Le mot « refondation » n’est qu’une formule répétée, comme des enfants à la récréation récitant leurs tables de multiplication. Pourtant, c’est un vrai calcul qui s’impose. Au premier regard, le pouvoir avance et recule au rythme du zoom des objectifs des appareils photo. Il ne faut pas se voiler la face : les membres du collectif de la refondation ne sont pas en phase. En parallèle, des exécutants travaillent sans relâche pour prouver à la population que l’État assure ses fonctions. Pourtant, leurs silhouettes passent rarement au premier plan. Par conviction ou faute de moyens ? Ces braves, malgré leurs efforts déployés, se font souvent voler la vedette par les calculateurs.
Les paradoxes d’une gouvernance sous tension.
L’historien, Pr Jeannot Rasoloarison, a écrit dans son ouvrage « Zafy, Ratsiraka, Ravalomanana : trois occasions manquées pour une société démocratique » sur l’hétérogénéité des gouvernements de ces trois anciens présidents de la République malgache. Ce phénomène a contribué à leur chute. Une leçon d’histoire que leurs successeurs semblent n’avoir jamais pleinement retenue. De surcroît, les querelles internes se manifestent par des défis souvent mal orchestrés. Par conséquent, l’implosion persiste.
En définitive, à force de vouloir trop soigner l’image publique, les dirigeants en deviennent parfois contre-productifs. Trop expressifs, ils finissent par oublier leur mission principale. Il paraît que l’histoire n’est qu’un éternel recommencement.
Iss Heridiny




