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samedi, septembre 26, 2026
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Expression : Virtuel violent, réel absent

Des marmailles qui exposent sans gêne leurs « amourettes » sur les réseaux sociaux, un érudit opiniâtre qui harcèle les dirigeants de la refondation, des étudiants de l’Université d’Antsiranana réclamant obstinément la lumière alors que, quatre mois plus tôt, des panneaux solaires d’une capacité annoncée de 1 MW leur avaient été livrés en grande pompe… Une Gen-Z désabusée et un billet de 1 000 ariary devenu le sommet de la pyramide monétaire. Bref, les sujets ne manquent pas. Aux quatre coins de la Grande île, les difficultés s’accumulent et se ressemblent.

Amours en ligne, réalités hors ligne

Les enfants sont censés incarner l’avenir du pays. Pourtant, beaucoup d’entre eux ont déjà grillé les étapes. Adultes avant l’âge, dit-on. Les jeux vidéo, hors de portée. Les jeux de société, trop fades. L’école ? À bout de souffle, avec des enseignants qui attendent encore des salaires accusant jusqu’à cinq années d’arriérés. Heureusement, ou malheureusement, les réseaux sociaux restent accessibles. Il suffit que papa et maman ferment les yeux pour la sieste et oublient leur portefeuille sur la table. Avec 500 ariary de forfait, les voilà propulsés dans un monde idyllique où l’amour n’a ni âge ni retenue. Face à la caméra frontale, les embrassades et les caresses effacent les équations, les problèmes de mathématiques et les leçons de vie. Les prix d’achat, les marges, les terrains clôturés de barbelés, très peu pour eux. Ces préoccupations sont reléguées aux parents, déjà incapables de remplir le panier du bazar.

Buzz, clash et diaspora cash

Pendant ce temps, un jeune Malgache de la diaspora fait trembler la toile, notamment sur Facebook. Ancien fédéraliste, il a opéré un virage à 180 degrés. De l’autre côté de l’Atlantique, ce monsieur élégant s’emploie désormais à provoquer les partisans de la refondation. Piqués au vif, ces derniers peinent à riposter autrement que par des menaces à peine voilées visant sa famille. L’agitateur, lui, persiste et signe. Il faut dire qu’il n’est pas le premier à ébranler le pouvoir en place. Avant lui, toute une génération de pseudo-influenceurs avait déjà défriché le terrain, entre buzz calculé et indignation sélective.

Lumière promise, campus dans l’ombre

À Antsiranana, l’obscurité n’est pas qu’une métaphore. Depuis deux mois, la ville broie littéralement du noir. Excédés, les étudiants de l’université se sont rassemblés devant le bloc G. Devant ses camarades, Gerlain Rabemanoely, alias Jean Ralaimongo, a donné de la voix pour dénoncer le calvaire quotidien des futurs cadres du pays. Ironie de l’histoire, lors de son passage en janvier 2026, le colonel Randrianirina avait livré des panneaux solaires d’une capacité de 1 MW. L’installation de panneaux solaires devait alimenter le campus. Aujourd’hui, les toits des bâtiments des étudiants restent désespérément nus, au profit de ceux des bureaux de l’université.

Jeunesse debout, promesses à genoux

La véritable Gen-Z, pas ses caricatures opportunistes, exprime désormais une profonde désillusion. Pourtant, le 29 mars dernier, lors de la commémoration des nationalistes martyrs, le président de la refondation affirmait solennellement : « laissons la place aux jeunes ». Une déclaration applaudie, mais dont l’écho semble s’être perdu en chemin. À défaut d’actes, les jeunes sont descendus dans la rue à Antananarivo pour une marche pacifique. Quand la parole ne suffit plus, il reste les pas.

Ariary en chute, mémoire en hausse

À Madagascar, la monnaie raconte une autre histoire. Du franc malgache à l’ariary, des figures de Tsiranana aux paysages emblématiques comme le Tsingy de Bemaraha ou Nosy Lonjo, en passant par le visage d’un vieux paysan barbu, les billets semblent se plier aux volontés successives du pouvoir. Une pâte à modeler politique, diront certains. Les économistes, eux-mêmes, peinent à s’accorder sur l’interprétation. Sur le terrain, la réalité est plus brutale. Les citoyens oscillent entre stupéfaction et inquiétude, tandis que les anciens se remémorent une époque où « un centime suffisait pour acheter du pain ». Une époque presque mythologique.

Autrefois, on disait qu’il fallait tout un village pour éduquer un enfant. Aujourd’hui, le village est débordé. Les crises successives et les caprices de la nature ont arraché les toits et asséché les rizières. Un hectare ne produit plus que dix sacs de riz. Le vieil homme du village, accablé par les soucis, n’a plus le loisir de conter les épopées de Darafify. La transmission s’effrite, silencieusement. En ville, le spectacle est différent, mais tout aussi inquiétant. Les réseaux sociaux deviennent des champs de bataille où les propos toxiques et les discours haineux consument les esprits. La Gen-Z, quant à elle, se fracture. D’un côté, une jeunesse lucide, engagée, attentive aux enjeux sociopolitiques. De l’autre, une génération « zombie », composée de caméléons politiques et de polymorphes opportunistes, un héritage soigneusement légué par les dinosaures du système. Les intellectuels, ces seize dernières années, ont souvent été relégués en marge. Certes, quelques braves ont tenté d’intégrer le système pour le transformer de l’intérieur. Mais la plupart ont été écartés, poussés vers l’exil intellectuel. Résultat : une fuite des cerveaux qui affaiblit davantage un pays déjà fragilisé. Et, comme si cela ne suffisait pas, le communautarisme commence à s’installer, insidieusement, comme une fissure de plus dans un édifice.

Iss Heridiny

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