À Madagascar, l’or dépasse largement le statut de simple métal précieux : il constitue le pouls d’une économie de survie. Pour des milliers de foyers, le métal jaune fait office de réserve financière et d’épargne refuge face à un système bancaire délaissé. Cependant, cette réalité informelle a longtemps maintenu la filière dans l’ombre, alimentant le mythe d’une contrebande systémique et privant le pays de ressources colossales. Aujourd’hui, le gouvernement impulse un tournant stratégique majeur. Avec la réouverture de l’exportation légale via le Guichet unique, l’État affiche une volonté claire de structurer le secteur. La pédagogie politique est pragmatique : il ne s’agit pas d’interdire, mais d’encadrer. Désormais, chaque acteur peut exercer librement, à condition de réintégrer le circuit formel et de s’acquitter de ses obligations fiscales.
Au cœur de cette réforme, une exigence stricte est imposée aux professionnels. Les comptoirs agréés doivent désormais signer une clause incontournable consistant à revendre au moins la moitié de leur collecte à la Banky Foiben’i Madagasikara (BFM). Cette mesure poursuit un triple objectif crucial pour la nation. D’abord, elle vise à contrer l’illicite en asséchant les flux de fraude. Ensuite, elle permet de stabiliser l’économie en aidant la banque centrale à reconstituer ses réserves d’or, gage de solidité indispensable pour la monnaie nationale. Enfin, elle génère de la valeur en alimentant les recettes fiscales nécessaires au financement du développement. Au-delà de la simple formalité administrative, cette régularisation s’impose comme un choix fort de souveraineté nationale. En reprenant le contrôle de sa filière aurifère, Madagascar choisit enfin de transformer la richesse de son sous-sol en un véritable levier de croissance et d’indépendance économique.
Julien R.


