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samedi, septembre 12, 2026
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Filière orge malgache : En difficulté à cause de la politique fiscale

La société Malto, la malterie de Star, une filiale du Groupe Castel, célèbre cette année son cinquantenaire. Acteur incontournable de la filière orge et de la malterie à Madagascar, d’autant plus qu’il s’agit de la seule malterie du groupe Castel sur tout le continent africain, elle a bâti un modèle intégré qui associe directement les paysans à la production de cette céréale, indispensable à la fabrication de la bière. Mais la filière est actuellement en difficulté.

Il faut rappeler que la culture de l’orge est une culture de contre-saison et se fait en alternance avec les cultures de base, comme le riz, par exemple. Malto fournit semences, engrais et encadrement technique aux paysans et garantit ensuite l’achat de la totalité des récoltes. 

La filière constituait donc, à la base, une source de revenus supplémentaire, conséquente, pour ces agriculteurs. Elle s’avère beaucoup plus rentable que les autres cultures et les paysans comptent ainsi sur cette filière pour améliorer leur vie et celle de leur famille. Les paysans qui ont pu y adhérer peuvent en témoigner.

Témoignages.

Pour les paysans, l’orge a longtemps été synonyme de progrès social. « Grâce à l’orge, j’ai pu acheter des bœufs et financer l’éducation de mes enfants », témoigne Andriamiarintsoa Rija Heritsimba, un cultivateur d’Alakamisy Anativato, une commune sise dans la région Vakinankaratra. Il a vu une nette amélioration de son niveau de vie depuis sa collaboration avec Malto, en 2002. Sur son terrain de 50 ares, il produit 3 tonnes d’orge chaque année. Mais cette année, il devra réduire la surface à cultiver, car Malto est obligé de réduire la quantité d’orge. De plus, le prix de l’orge fait l’objet d’une révision à la baisse, même légère, une situation qui ne s’est jamais produite en une dizaine d’années. Il n’est pas très sûr de la raison de cette baisse, mais évoque les taxes prélevées par l’État.

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Andriamiarintsoa Rija Heritsimba a amélioré ses activités grâce à l’orge

Rabesoa Voahangy Clémentine, une autre habitante de cette commune, raconte avoir gagné plus de deux millions d’ariary par campagne, employant jusqu’à cent personnes. Cela fait une vingtaine d’années qu’elle collabore avec Malto. Elle reconnaît avoir obtenu beaucoup d’avantages grâce à cela. Elle a pu acheter des terrains, agrandir son cheptel bovin chaque année. Mais surtout, l’argent qu’elle gagne lui a permis de financer les études de ses enfants, sans oublier l’amélioration de leur vie quotidienne. Elle a remarqué une baisse des revenus ces derniers temps, puisque la surface à cultiver a été réduite. Elle pourrait produire plus si elle le voulait. Seulement, Malto a explicitement réduit son besoin en orge. Elle devra donc aussi réduire le nombre de personnes à qui elle offre du travail, même temporaire.

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Rabesoa Voahangy Clémentine montrant du doigt les rizières sur lesquelles elle plante l’orge en contre-saison

Randriamanantsoa Simon Gabriel, un des bouchers du village, souligne : « L’orge m’a permis de bâtir une maison et d’assurer les études de mes trois enfants. » Si l’un d’eux est maintenant dans le monde actif, ses deux derniers enfants sont encore en pleine étude ; d’ailleurs, l’un d’entre eux passera son baccalauréat cette année, précise-t-il. Par ailleurs, il est passé de locataire de terrains à acquéreur grâce à la filière orge. Il a même pu construire une maison en 23 ans de collaboration avec Malto. Chaque année, il fait des projets à partir des revenus obtenus de l’orge. Il déplore cette baisse du prix de l’orge, qui obligera les paysans à revoir tous leurs projets et investissements à la baisse, alors que tout se passait si bien depuis tout ce temps.

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Randriamanantsoa Simon Gabriel, le boucher du village

En 2015, plus de 20 000 paysans cultivaient 2 200 hectares pour une production de 11 500 tonnes d’orge dans trois régions : Vakinankaratra, Amoron’i Mania et Haute Matsiatra. Le prix de l’orge est passé de 880 Ar/kg en 2020 à 1 750 Ar/kg en 2025. Mais cette année, le prix a légèrement reculé à 1 700 Ar/kg.

Grâce à la prospérité de cette filière, Malto a établi des collaborations sociales lui permettant de mettre en place des infrastructures telles que des barrages, des canaux ou des infrastructures scolaires dans ces régions.

Mais dix ans plus tard, la filière s’est contractée : plus que 15 000 paysans, 1 600 hectares et 8 000 tonnes de récolte achetées en 2025. Et cela risque de s’empirer, selon les explications de Parfait Ranaivoson, premier responsable vulgarisation chez Malto.

Un appel au gouvernement et aux institutions.

La hausse progressive des droits d’accises sur la bière en 2024 a provoqué une contraction de la consommation et, par effet domino, une baisse de la demande en orge. Cette fiscalité a fragilisé la filière, réduisant les surfaces cultivées et les revenus paysans. De nombreux producteurs sont ainsi exclus de la filière.

Les acteurs de la filière plaident pour une révision des taxes afin de relancer la consommation et de préserver un pilier du développement rural malgache. 

Une révision à la baisse de ces taxes aurait plusieurs bénéfices économiques, notamment :

– une relance de la consommation, entraînant une reprise de la production.

– un effet multiplicateur sur l’orge : STAR, principal acheteur, augmenterait ses volumes, permettant aux paysans d’élargir leurs surfaces cultivées et de retrouver des rendements proches de ceux de 2015. 

– des revenus agricoles en hausse : avec un prix stabilisé ou revalorisé, les familles rurales pourraient investir dans le bétail, l’habitat et l’éducation, consolidant les acquis sociaux. 

– emploi et inclusion : davantage de journaliers seraient recrutés, et de nouveaux paysans pourraient intégrer la filière, réduisant l’exclusion actuelle. 

– durabilité et infrastructures : la rotation culturale avec l’orge renforcerait la fertilité des sols, tandis que les projets sociaux (barrages, écoles, kits scolaires) financés par Malto seraient pérennisés. 

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Les moniteurs de Malto surveillent de près la qualité de l’orge et prodiguent régulièrement leurs conseils aux paysans

En somme, une fiscalité adaptée ne profiterait pas uniquement aux brasseurs : elle agirait comme un levier de développement rural, consolidant un modèle agricole intégré qui a déjà transformé la vie de milliers de paysans.

Une politique fiscale adaptée pourrait redonner du souffle à cette filière et renforcer son rôle social et économique, qui est d’améliorer la vie des paysans et de maintenir la filière.

Recueillis par Hanitra Andria

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