
Les vidéos montrant des officiers supérieurs s’accuser mutuellement et s’attaquer publiquement ont laissé des dégâts et risquent de porter atteinte à l’unité et à la solidarité des troupes.
La Grande Muette entretient son mutisme. Durant les Assises militaires qui se sont tenues à Ivato au mois de janvier, le général Pikulas Démosthène, chef d’État-major des Armées, a déclaré que « dorénavant, l’armée aura son mot à dire sur ce qui va se passer dans le pays » et qu’« elle ne sera plus une grande muette ». Pourtant, pour le moment, les hommes en treillis restent de simples spectateurs face à ce qui prévaut, notamment au malaise existant entre les troupes. En effet, un climat de méfiance règne actuellement dans les rangs des forces de l’ordre, surtout après la fuite de vidéos montrant des officiers supérieurs qui s’accusent et s’attaquent publiquement, passant outre les questions de discipline, d’éthique et de déontologie. L’annonce faite par le président de la Refondation de la République de Madagascar, le colonel Michaël Randrianirina, concernant l’existence d’un complot et d’un projet d’attentat contre sa personne, ainsi que contre la Première dame, a provoqué une situation de psychose généralisée où tout le monde se méfie de tout le monde. Nul n’ignore en effet qu’il est impossible que des civils puissent atteindre un officier supérieur qui n’est d’ailleurs pas un colonel ordinaire, et dont la sécurité est assurée par tout un régiment composé de forces spéciales et de nombreux gardes du corps. La menace vient certainement de militaires ou, tout au moins, de gens armés.
Apparition symbolique
Cette semaine, la procureure de la République près le tribunal de première instance d’Antananarivo, Narindra Rakotoniaina, a annoncé l’existence de 11 personnes placées en détention préventive à la maison de force de Tsiafahy, à la suite d’un projet d’attentat contre le PRRM, le colonel Michaël Randrianirina, et de coup d’État contre le régime. Parmi eux figurent deux généraux, dont un ancien directeur général du Fonds souverain malagasy, et un général de brigade connu pour avoir réalisé une apparition symbolique sur la place du 13 Mai au mois d’octobre 2025 pour réclamer le vrai changement et une refondation institutionnelle. À l’époque, ce dernier avait dénoncé les dérives des dirigeants. Même s’il a déjà présenté des excuses publiques, ce dernier n’a donc pas pu échapper à la case prison. Hier, la ministre de la Justice, Fanirisoa Ernaivo, a confirmé l’existence d’un mandat d’arrêt contre le colonel Patrick Rakotomamonjy. L’ancien directeur du Bureau des doléances au sein de la Présidence de la Refondation est également soupçonné d’être l’instigateur de ce plan machiavélique visant le couple présidentiel. À en entendre les responsables de la Justice, des preuves auraient été découvertes durant l’enquête, mais aussi pendant les perquisitions. À travers les interventions des uns et des autres, on peut constater que la situation de tension actuelle provient d’une mésentente et/ou d’un règlement de comptes entre anciens frères d’armes, et parfois entre copromotionnaires. C’est la raison pour laquelle bon nombre d’observateurs estiment que ce malaise risque d’engendrer la division au sein de l’armée. Pour redorer le blason de la Grande Muette, la hiérarchie militaire devrait élaborer des mesures visant à préserver l’unité, la solidarité et la réconciliation. En tout cas, un peu moins de six mois après son accession au pouvoir, ce régime de Refondation n’a donc pas pu faire exception en mettant en prison des militaires. Une triste initiative que l’on avait reprochée aux précédents régimes.
Davis R





