
La « Gen Z Madagasikara » appelle à une nouvelle manifestation ce jour à Ambohijatovo, défiant ouvertement les critiques et les mises en garde du pouvoir.
La contestation s’installe, le bras de fer s’intensifie. Ce jour, la « Gen Z Madagasikara » appelle de nouveau ses partisans à investir Ambohijatovo, au cœur de la capitale, pour une nouvelle manifestation. Malgré les critiques, malgré les mises en garde, les jeunes persistent et signent. Ils tentent d’imposer une rupture profonde avec l’ordre institutionnel actuel. Au centre de leurs revendications, une exigence radicale : la dissolution de l’Assemblée nationale, de la Commission électorale nationale indépendante (Ceni) et de la Haute Cour constitutionnelle (HCC). Pour les leaders du mouvement, ces institutions ont perdu toute légitimité et doivent être purement et simplement remplacées. Une « table rase » assumée, qui ne s’étend toutefois pas à l’ensemble de l’architecture étatique. La présidence de la République et le gouvernement ne figurent pas, pour l’heure, parmi les cibles prioritaires de cette fronde juvénile.
Cette ligne, jugée extrême par leurs détracteurs, ne semble pas entamer la détermination de ces jeunes. Déjà mobilisés le week-end dernier, ils entendent inscrire leur action dans la durée. La rue devient leur tribune, leur levier, leur terrain de confrontation directe avec le pouvoir. Face à cette montée, la riposte politique s’organise. Les soutiens du régime en place dénoncent une manipulation, évoquant des influences extérieures à l’origine du mouvement. Le président de l’Assemblée nationale, Siteny Randrianasoloniaiko, voit dans ces initiatives une « manœuvre de déstabilisation ». Une accusation lourde, qui traduit l’inquiétude des institutions visées. Même tonalité du côté de l’Exécutif. Le chef de l’État, Michael Randrianirina, affirme que des « financements extérieurs » seraient à l’origine de cette agitation. Une manière de délégitimer le mouvement en le présentant comme instrumentalisé. Le ministre de la Jeunesse, Désiré Rasambany, appelle, quant à lui, à sortir de la logique de confrontation dans la rue, estimant que « les revendications ne devraient pas avoir lieu dans la rue ». Une position qui ne manque pas de susciter des réactions, voire des contradictions. Car l’actuel régime, dont sont issus ces responsables, doit en grande partie son accession au pouvoir à un mouvement de rue mené par cette même génération en septembre 2025.
Déploiement massif
Sur le terrain, la tension est palpable. La semaine dernière, quatre meneurs du mouvement ont été interpellés avant d’être relâchés. Un épisode qui a contribué à radicaliser davantage les positions. Loin d’apaiser la situation, ces arrestations ont nourri un climat de défiance entre les jeunes contestataires et les autorités. Mais c’est une autre déclaration qui a récemment fait monter la pression d’un cran. Mercredi, le directeur de la communication de la présidence a évoqué publiquement une « menace d’incendie » visant le palais de Tsimbazaza pour ce samedi 18 avril. Une date loin d’être anodine, puisqu’elle coïncide précisément avec l’appel à manifester lancé par la Gen Z. Cette annonce a immédiatement placé les autorités en état d’alerte. Un déploiement massif des forces de l’ordre est attendu dans la capitale, notamment autour des sites sensibles.
La démonstration de force pourrait aussi renforcer la détermination des manifestants, dans un contexte déjà marqué par une forte défiance. Entre démonstration de rue et démonstration de force, le face-à-face s’annonce tendu. La capitale pourrait redevenir le théâtre d’affrontements politiques ouverts, où chaque camp teste les limites de l’autre. Dans cette atmosphère électrique, le bras de fer entre la Gen Z et le pouvoir attire l’attention. Plus assumée, la contestation des jeunes compte s’installer dans la durée. En face, le pouvoir campe sur ses positions, refusant toute remise en cause des institutions.
Rija R.




