
Les deux Chefs de l’Exécutif décident de recourir au polygraphe et de laisser de côté l’enquête de moralité qui avait été confiée traditionnellement au CIS.
Une grande première dans les annales de la gouvernance mondiale. En effet, Madagascar est le premier pays au monde à recourir au polygraphe pour choisir les membres du gouvernement. En marge de la cérémonie de présentation du rapport annuel de la Cour des comptes, qui s’est déroulée jeudi dernier, le Président de la Refondation de la République de Madagascar, le colonel Michaël Randrianirina, a annoncé que les candidats ministres seront soumis au détecteur de mensonges. « C’est la raison pour laquelle la présentation de la nouvelle équipe gouvernementale prend du temps », a-t-il expliqué. Et le locataire d’Iavoloha de laisser entendre, au passage, que l’annonce officielle des nouveaux membres composant le gouvernement Mamitiana Rajaonarison se fera en début de la semaine prochaine. Selon ses dires, « l’annonce officielle aura lieu lundi ou mardi ». À entendre le PRRM, le polygraphe remplacera donc l’enquête de moralité utilisée traditionnellement pour confirmer l’intégrité des agents de l’État. En quelque sorte, le temps des investigations sur les hauts fonctionnaires, menées auparavant par les agents de renseignements du Central Intelligence Service (CIS), est révolu. Place désormais à la technologie moderne et à la polygraphie, dont la fiabilité n’est toutefois pas sûre à 100%. En effet, selon les études scientifiques, le polygraphe est fiable entre 64% et 85% et les résultats ne sont généralement pas admissibles en preuve judiciaire. Mais pour le PRRM, c’est déjà tolérable. « On ne cherche pas des pressentis ministres propres à 100%, mais à plus de 60%, c’est déjà une bonne chose », a-t-il soutenu.
Souveraineté
Certains observateurs se demandent alors si, en adoptant cette méthode, les deux Chefs de l’Exécutif ne cherchent pas une échappatoire pour renvoyer la faute à cette machine si toutefois les ministres soumis au détecteur de mensonges n’affichent pas les résultats escomptés en termes de moralité, mais aussi et surtout en matière de lutte contre la corruption. Par ailleurs, la question de la souveraineté suscite aussi des débats. À entendre le colonel Michaël Randrianirina, ce sont des experts internationaux qui vont assurer la manipulation et la supervision des machines. Le locataire d’Iavoloha n’a donné aucun indice à propos de leur nationalité, mais selon les indiscrétions, ce seraient des agents russes qui seront aux commandes de ce polygraphe. En tout cas, la Grande Île pourrait donc désormais être considérée comme un pionnier dans l’utilisation de cette méthode complexe pour la sélection des membres du gouvernement. Sur les réseaux sociaux, bon nombre d’observateurs trouvent que le recours au polygraphe est une bonne idée pour renforcer la lutte contre les détournements et les malversations au niveau des ministères. Plus d’uns estiment toutefois que l’exemple devrait venir d’en haut et que l’idéal serait que les deux Chefs de l’Exécutif et tous les Chefs d’Institution se soumettent également au détecteur de mensonges pour établir la confiance entre gouvernants et gouvernés. Reste à savoir si le régime de refondation réussira son pari de confier les postes à responsabilités à des personnes intègres et loyales. D’autant plus que, si le calendrier prévu pour la durée de la transition est respecté, les futurs ministres n’auront que 19 mois pour faire leurs preuves.
Davis R


