
La famille Ravatomanga décide de sortir de son mutisme pour dénoncer les persécutions qu’elle subit depuis le début de cette crise. Un appel a ainsi été lancé pour réclamer la préservation de l’État de droit, de la sécurité juridique et de la confiance économique à Madagascar.
« Nous refusons que la présomption d’innocence soit remplacée par la présomption de culpabilité. Nous refusons que des citoyens soient condamnés dans les faits avant même d’avoir été jugés. Nous refusons que la sécurité juridique, indispensable à toute économie moderne, soit affaiblie », réplique la famille du numéro un du Groupe SODIAT dans une lettre ouverte publiée hier. En effet, après la décision du Pôle anticorruption d’Antananarivo de confier la gestion de toutes les sociétés du Groupe SODIAT à un administrateur provisoire, en la personne d’Imbeh Serge Jovial, le clan Ravatomanga s’adresse à l’ensemble des forces vives de la Nation, aux organisations professionnelles, aux Églises, aux partenaires internationaux, aux missions diplomatiques, aux organisations régionales, à la société civile et au peuple malgache. Une interpellation dont l’objectif est « d’encourager tout un chacun à demeurer vigilant face à toute atteinte aux principes fondamentaux qui garantissent l’État de droit, la protection des libertés individuelles et la confiance économique ». D’après les proches du PDG Ravatomanga, le jugement rendu le 8 mai dernier par le PAC est une décision qui dépasse le cadre de la procédure judiciaire, dans la mesure où les principaux concernés n’ont même pas été avisés. La nomination d’Imbeh Serge Jovial est ainsi considérée comme « une administration imposée sans consultation ni consentement ». « Plus grave encore, l’administration provisoire imposée à plusieurs sociétés du Groupe SODIAT, ainsi qu’à d’autres sociétés n’appartenant même pas au Groupe, a été décidée sans que les propriétaires de ces entreprises, ni la famille Ravatomanga, n’aient jamais été consultés », soutient-on. Avant de marteler que « pourtant, le Groupe SODIAT n’est pas une entreprise publique. Il ne s’agit pas d’un établissement de l’État. Il s’agit d’un groupe privé, construit depuis plusieurs décennies par des investissements privés, développé par des entrepreneurs privés et financé par des capitaux privés ».
Aucune consultation
« Comment accepter qu’une décision aussi lourde de conséquences puisse être imposée à des entreprises privées sans que leurs propriétaires ne soient entendus ? Comment justifier qu’un administrateur soit placé à la tête d’entreprises qui ne lui appartiennent pas sans qu’aucune consultation préalable n’ait eu lieu ? » Continuant sur sa lancée, la famille Ravatomanga martèle qu’« aucun accord n’a jamais été conclu entre l’État et les propriétaires des sociétés concernées. Aucun protocole. Aucun arrangement. Aucun transfert volontaire de gestion. Aucun acte par lequel les propriétaires auraient accepté de renoncer, même temporairement, à l’exercice de leurs droits ». Un signal d’alerte a ainsi été lancé afin de conscientiser l’opinion sur le fait que cette pratique pourrait devenir une jurisprudence et qu’aucune entreprise privée ne serait plus épargnée. « Si les propriétaires d’une entreprise privée peuvent être écartés de la gestion de leurs sociétés sans avoir été consultés et sans qu’aucun accord n’ait été conclu avec eux, quelle garantie reste-t-il pour les autres entrepreneurs du pays ? Quelle protection demeure pour les investisseurs qui envisagent de placer leurs capitaux à Madagascar ? »
Intimidations
La famille Ravatomanga a aussi fait savoir, dans cette lettre ouverte, que des collaborateurs du Groupe SODIAT ont été victimes d’intimidations, de menaces et de traitements incompatibles avec le respect de la dignité humaine alors que, pour le moment, le groupe n’a été reconnu coupable d’aucune infraction. La saisie des biens du groupe a également été dénoncée. Des véhicules neufs et d’occasion appartenant aux concessions automobiles du groupe ainsi qu’à leurs employés, des avions et des hélicoptères appartenant au Groupe SODIAT seraient aujourd’hui utilisés par l’État, et certains actifs se retrouveraient même proposés à la vente alors que les mesures ordonnées sont censées être provisoires et conservatoires. « Comment peut-on encore parler de mesures conservatoires lorsque les biens concernés sont utilisés, dépréciés ou susceptibles d’être cédés avant même qu’une décision définitive ne soit rendue ? », se demande la famille.
Davis R


