
L’hécatombe oubliée de Saint-Paul : quand la France coloniale et raciste sacrifia des bras malgaches au bout du monde. Traités en simples variables d’ajustement du profit, balayés de la mémoire judiciaire.
En 1931, l’esclavage colonial existait bel et bien entre Madagascar, pays colonisé, et la France, le colonisateur. Une des histoires qui marquent cette relation historique est celle des quatre-vingt-dix Malgaches envoyés « de force » à Saint-Paul. C’est-à-dire au bout du monde. Saint-Paul se trouve entre Madagascar, l’Australie et l’Antarctique. Facile d’imaginer les conditions de vie sur cette île : les terres habitées se situent à plus de 1 500 kilomètres.
Jusqu’à aujourd’hui, les férus d’histoire s’étonnent encore de la raison qui a poussé la famille Bossière à y ouvrir une pêcherie de langoustes. Ces armateurs havrais, de la ville du Havre, en France, réussirent au début à faire décoller l’affaire. Comme le note Claude Briot, dans le bulletin du Centre havrais de recherche scientifique, « Les frères Bossière : pionniers des Kerguelen » (1990), la société produit, en deux ans (1929-1930), plus de 90 000 boîtes.
En mars 1931, l’éloignement empêche les rotations d’équipe. Pas des Malgaches, mais des hivernants. Bref, des Blancs de Bretagne, dont une femme enceinte, qui s’y trouvaient : des salariés chargés de surveiller les lieux et les esclaves. Quatre de ces Bretons meurent. Suivirent une trentaine de Malgaches touchés par une carence en vitamine B1, selon les spécialistes de l’époque. Aucun document sérieux ne stipule où se trouvent les dépouilles de ces Malgaches. Certains chercheurs évoquent aussi d’autres décès durant l’évacuation des premiers jours du mois d’avril, dont les cadavres auraient été jetés à la mer.
Une hécatombe, d’autant que les sauveteurs avaient pour but principal de sauver les Français, avec Madagascar comme première destination. Arrivés en France, les survivants intentent des procès — un vrai scandale à l’époque — contre la famille Bossière. Les archives de 1935 du journal néo-zélandais « Ashburton Guardian » mentionnent des dommages et intérêts versés par la société La Langouste Française. Pour le cas des Malgaches, ils furent seulement oubliés, sans aucune enquête judiciaire. De simples objets du « package » raciste et colonialiste français.
Pour finir, la famille Bossière finit ruinée, déjà en mauvais termes avec l’État en 1924 pour avoir été un peu laxiste avec les Anglais, et surtout décimée. Au moins une petite consolation pour les esclaves malgaches.
Maminirina Rado




