
Entre 1897, date de l’abolition de la monarchie malgache par l’administration coloniale française, et l’insurrection de 1947, Madagascar connaît une profonde transformation politique, économique et sociale. Cette période est marquée à la fois par l’installation du pouvoir colonial, la mise en place de nouvelles structures administratives et l’émergence de diverses formes de contestation.
Les premières années de la colonisation sont dominées par les révoltes dites Menalamba. Ces mouvements de résistance, particulièrement actifs dans les Hautes Terres centrales, s’opposent à la fois à l’occupation française et aux bouleversements introduits par le nouveau régime. La répression conduite sous l’autorité du général Gallieni contribue à rétablir le contrôle colonial, mais laisse des traces durables dans la mémoire collective malgache.
Au cours des décennies suivantes, la domination française s’accompagne d’une réorganisation de l’économie. Les travaux forcés, les prestations obligatoires et les réquisitions de main-d’œuvre suscitent un mécontentement persistant dans plusieurs régions de l’île. Les historiens soulignent également l’importance croissante des cultures d’exportation et l’intégration progressive de Madagascar dans les circuits économiques de l’empire colonial.
À partir des années 1910, les revendications prennent aussi une forme politique et intellectuelle. Des mouvements comme le Vy Vato Sakelika participent à l’émergence d’une conscience nationale moderne. Dans les années 1920 et 1930, des personnalités telles que Jean Ralaimongo réclament davantage de droits pour les Malgaches et dénoncent les inégalités du régime colonial.
Les deux guerres mondiales constituent également des moments importants. Des dizaines de milliers de Malgaches servent dans les forces françaises, en Europe, en Afrique du Nord ou dans l’océan Indien. Leur participation à l’effort de guerre contribue à diffuser de nouvelles aspirations politiques au sein de la société malgache.
Ces tensions culminent avec l’insurrection de mars 1947. Le soulèvement, qui touche principalement la côte Est et certaines régions des Hautes Terres, est rapidement suivi d’une vaste opération militaire française. Les estimations du nombre de victimes varient selon les sources et demeurent l’objet de débats historiographiques. Si les chiffres diffèrent, les chercheurs s’accordent néanmoins sur l’ampleur exceptionnelle de la répression.

Wagon « Moramanga »
Parmi les événements les plus marquants figure l’affaire du wagon de Moramanga. Dans la nuit du 5 au 6 mai 1947, des prisonniers malgaches soupçonnés de participation à l’insurrection sont enfermés dans des wagons stationnés dans la gare de Moramanga. Des tirs sont effectués sur les détenus à travers les parois des wagons. Le nombre exact de victimes varie selon les sources, mais cet épisode est aujourd’hui considéré comme l’un des symboles les plus connus de la répression coloniale à Madagascar.
Le wagon de Moramanga occupe une place particulière dans la mémoire nationale. Pour de nombreux historiens et acteurs de la mémoire, il illustre la brutalité des méthodes employées durant la répression de 1947. Chaque année, des commémorations rappellent cet épisode et entretiennent le souvenir des victimes.
Au-delà du seul événement de Moramanga, l’insurrection de 1947 constitue un tournant majeur de l’histoire contemporaine de Madagascar. Elle révèle l’ampleur des aspirations à l’autodétermination et accélère les évolutions politiques qui conduiront, treize ans plus tard, à l’indépendance du pays, le 26 juin 1960.
Près de huit décennies après les faits, la période coloniale demeure un sujet de recherche, de débat et de mémoire. Les archives, les témoignages et les travaux universitaires continuent d’enrichir la compréhension de cette histoire complexe, dont Moramanga reste l’un des symboles les plus puissants.
La liste des individus emmenés et tués lors du massacre du wagon Moramanga, les 5 et 8 mai 1947 :
– Rafaralahy François
– Ranaivo
– Rarondro Bechard
– Radanielina
– Rafaralahy Vincent
– Rakotoarinetsa Jemson
– Rakotomazava
– Rakotonanahary
– Rakotonirainy Célestin
– Rakotonirainy Emile
– Ramanankohajaina
– Ramisely (Michel)
– Randriamanganoro Daniel
– Rasamoela
– Rasolofo Ernest
– Rafatro
– Rainikotoarimanana
– Raoelina
– Randera Robert
– Randriamaharefy
– Rakotomanga Fandray
– Rafaralahindriana
– Rakotondramanga William
– RambelosoN Alphonse
– Randretsa
– Randriatahiana
– Ratsifantarina
– Ramamonjisoa
– Randrianony
– Ratsimiseta Emile
– Ratsimiseta Jacques
– Rasola
– Rabe
– Randrianandraina
– Randriantompo
– Radany
– Rakotomalala
– Rasoanarivo
– Raviavy
– Razafimandimby Arthur
– Randriantsoa Alphonse
– Rafafy
– Randrianandro
– Parany
– Rafaratana Petera
– Rajasy Pierre
– Rakotonizao
– Ramboatiana
– Ramorasata
– Randriamaholy Edmond
– Randriamanamizao
– Ratody Charles
– Ratsaralafy Joseph
– Raveloariseheno
– Ravelontsalama Raoul
– Ravintana
– Ravoninjatovo
– Razafimahefa
– Razafindrakoto Bernard
– Randriamalaza
– Ratsangana
– Razafimaholy
– Ratsiharaika
– Rakotoary Jules
– Rabeony Henri
– Rakotobe André
– Randriamasoson
– Randrianarivao Victor
– Ranjakaranto
– Razafindrakoto Jules
– Damon
– Rabemanantsoa, Dokotera
– Ranaivoson Benjamin, Dokotera
– Ratsimiady
– Rakotobesona Raphaël
– Rakotomanga
– Ramasambika
– Randriamizana
– Rasonga
– Ratsiafenina Célestin
– Ravao François
– Rakotosaha
– Rakotozafy
– Ranidriamamahatra
– Ramahadimby
– Maharavo
– Rafaralahy Andriatsirombaka
– Rakotoniaina
– Rakotosihanaka
– Randriamaro Martin
– Randrianampiana
– Randriantsihanaka
Sources de référence :
Gallieni, J.-S., « Neuf ans à Madagascar », Hachette & Cie, 1908. — Tronchon, J., « L’insurrection malgache de 1947 », Karthala, 1986. — Journal Ny Rariny, 1937 (Archives de Madagascar). — Randrianja, S. et Ellis, S., « Madagascar : A Short History », Hurst & Company, 2009 – HISTOIRE DE MADAGASCAR
Recueillis par Maminirina Rado


