
Plaidoyer pour « Tana »… Tananarive encaisse ce que « Facebook » déverse de plus morbide depuis au moins cinq mois. Meurtres, enlèvements, justice populaire, accidents de la route, etc. Le sang et la terreur marquent des lieux et des quartiers de la Ville des Mille. Que reste-t-il des vestiges de cette capitale appelée à être ville-monde ? De son bon vivre, de sa dynamique culturelle et intellectuelle, de son cachet historique… Deviendra-t-elle une « cité zombie », avec des habitants n’y ressentant aucun sentiment d’appartenance ? Ou bien la dynamique générationnelle se fait-elle, cette fois-ci, plus douloureuse ? Plus en phase avec cette société mondialisée en perpétuelle mutation, où les faibles, les vulnérables et les inadaptés sont dévorés par les loups et délaissés par les chiens de berger. Tananarive ne servira-t-elle, d’ici une génération, que d’aimant à pauvreté ? Avec un exode rural sans horizon, voué à s’offrir à l’indifférence numérique et au non-lieu « psychologique ». Les ingrédients des crimes perpétrés par des jeunes « déshumanisés » et déboussolés, comme Sitraka et sa clique. Une ville avec un capital sympathie digne des grandes métropoles ; le business informel, qui occupe la majorité des actifs, renforce cela, mais une ville dépourvue d’empathie, jusqu’à vouloir effacer l’autre. Un petit salut au passage aux lèche-bottes, aux faux « culs » et aux experts du commérage dans les bureaux. Que restera-t-il de cette ville ? Des stigmates d’un passé meurtrier. La « fierté incrédule » des riverains, pour montrer le lieu où le cadavre d’un gosse a été trouvé dans leur quartier. L’oubli que le sang a coulé abondamment et que la douleur des familles restera attachée pour longtemps à Tananarive. Pauvre cité, où les vrais tananariviens et tananariviennes sont désormais une « race » gazéifiée, au discours inaudible. La tendance actuelle à la nostalgie se comprend mieux, une niche pour les tourneurs. Sera-t-elle un garde-manger pour le « Jésus business » ? Le business au raccourci le plus élémentaire. Pauvre cité, ainsi est ce plaidoyer des « Mille ».
Maminirina Rado




