
À Belton, au Texas, aux États-Unis, les forces de l’ordre ont récemment vécu une intervention aussi insolite que mémorable, au début du mois d’août : la capture en urgence d’un lémurien en liberté dans les rues. Qualifié par les agents de particulièrement peu enclin à obtempérer, l’animal a finalement été maîtrisé sans encombre avant d’être restitué à son propriétaire. Si cette cavale surprenante amuse la galerie, elle met en lumière une réalité bien plus complexe et réglementée : la détention d’animaux sauvages et exotiques par des particuliers. Contrairement aux interdictions strictes en vigueur dans d’autres pays ou États, le Texas permet, sous certaines conditions, la possession de ces primates. Les éleveurs agréés par le Département de l’Agriculture américain (USDA) y commercialisent légalement des spécimens, mais selon une règle stricte : la vente doit impérativement s’effectuer en circuit fermé à l’intérieur de l’État, afin de respecter la législation fédérale. Une question demeure quant à l’origine de ces animaux : ces éleveurs ne s’approvisionnent pas dans la nature malgache, ce que la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (CITES) interdit formellement. Le cheptel américain repose entièrement sur une population captive autosuffisante, descendante d’individus importés il y a des décennies pour des parcs ou des zoos, et transmise de génération en génération. Ce grand écart réglementaire illustre toute l’ambiguïté de ces marchés. Alors que les lémuriens sauvages à Madagascar font l’objet d’une protection absolue face au braconnage, leur version domestique américaine poursuit sa route dans les banlieues texanes, entre échappées urbaines et traditions d’élevage bien ancrées. Il est peut-être trop optimiste de rêver qu’un jour, un panda se promène gentiment du côté du jardin d’Antaninarenina, aux heures de pointe.
Recueillis par Maminirina Rado




