
L’Inspection générale de l’État (IGE), pourtant placée au cœur du dispositif de lutte contre les détournements de fonds publics, traverse une zone de turbulences.
Dans une lettre ouverte adressée au président de la Transition, et dont notre rédaction a obtenu copie, des voix internes dénoncent l’inaction de la Direction générale de l’institution face aux graves irrégularités financières mises en lumière par la Cour des comptes. Cette démarche intervient dans un contexte particulièrement sensible. Lors de son intervention télévisée de dimanche dernier, Michaël Randrianirina avait affirmé que les suites à donner aux nombreux cas de détournements et de malversations financières révélés par la Cour des comptes dépendraient en grande partie de l’Inspection générale de l’État. Une responsabilité d’autant plus importante que l’IGE est directement rattachée à la présidence de la République.
Au cœur des critiques figure l’absence d’investigations annoncées après la publication du rapport public de la Cour des comptes, en mars dernier. Ce document avait révélé des irrégularités financières d’une ampleur exceptionnelle, évaluées à plus de 3 800 milliards d’ariary, dans plusieurs ministères et organismes publics. Pourtant, rappellent les signataires de la lettre, la présidence avait publié, dès le 20 mars 2026, une note demandant à l’ensemble des organes de contrôle de l’État de prendre les dispositions nécessaires afin d’engager des investigations sur les dossiers soulevés par la haute juridiction financière. Selon cette lettre, aucune mission d’inspection n’aurait cependant été déclenchée auprès des entités directement visées par les observations de la Cour des comptes. « Aucun ordre de mission n’a été délivré jusqu’à présent par la Direction générale de l’Inspection générale de l’État pour entamer les missions d’inspection auprès des différents organismes publics et ministères concernés par le rapport de la Cour des comptes », indiquent les auteurs du document. Les critiques visent directement l’actuel directeur général de l’IGE.
Les signataires affirment que « les missions actuellement confiées aux inspecteurs concernent principalement des communes urbaines et rurales ainsi que certaines sociétés d’État », laissant de côté les départements ministériels épinglés dans le rapport de la Cour des comptes. Cette situation alimenterait un malaise au sein de l’institution. La lettre fait état de tensions internes et d’incompréhensions parmi les employés, alors même que l’opinion publique attend des mesures concrètes après les révélations du mois de mars. Les auteurs soulèvent également une autre question sensible. Avant même les investigations de la Cour des comptes, l’Inspection générale de l’État aurait déjà conduit plusieurs missions de contrôle dans différents ministères. Ces inspections auraient, elles aussi, mis en évidence des cas de détournements et de malversations financières. Or, selon la lettre, les rapports issus de ces contrôles n’ont, jusqu’à présent, fait l’objet d’aucune publication ni communication officielle. Une absence de transparence qui nourrit les interrogations sur le traitement réservé à ces dossiers et sur la volonté réelle de faire aboutir les procédures de contrôle.
Rija R.




