Face à la campagne de harcèlement et aux graves menaces ciblant cinq conseils à Nosy-Be sur fond de litiges fonciers, l’Ordre des avocats monte au créneau et dénonce un climat de psychose inacceptable
La pilule a du mal à passer dans le milieu judiciaire. À Nosy-Be, les litiges fonciers, véritables arènes de tous les dangers, viennent de franchir un nouveau cap. Dans une déclaration d’une fermeté exemplaire en date du 24 septembre 2026, l’Ordre des avocats du barreau de Madagascar, sous la houlette du bâtonnier Ferdinand Ranary Rakotoarisoa, a tapé du poing sur la table. Le Conseil de l’Ordre condamne avec la dernière énergie la campagne de harcèlement, les menaces et les intimidations caractérisées qui visent directement cinq avocats en exercice dans l’île aux parfums.
Climat de psychose
En effet, à Nosy-Be, la lutte autour du foncier prend des tournures inquiétantes. « Nos confrères, simplement coupables de faire leur travail et de défendre les intérêts de leurs clients, sont aujourd’hui dans le collimateur. La campagne hostile orchestrée contre eux ne fait pas dans la dentelle : attaques en règle sur les réseaux sociaux, lynchage médiatique et propos d’une extrême violence proférés lors de réunions publiques », dénonce l’Ordre, tout en poursuivant que « des appels à la violence pure et simple auraient été lancés, instaurant un climat de psychose et faisant peser une épée de Damoclès sur leur intégrité physique ».
Dérives mafieuses
Pour le Conseil de l’Ordre, c’est l’essence même de la profession qui est bafouée. Un avocat doit pouvoir exercer sereinement, sans la peur au ventre, martèle l’instance. La liberté de la défense ne saurait être muselée par des pressions occultes ou des démonstrations de force sur la place publique. Face à ces dérives mafieuses, le barreau rappelle un principe constitutionnel fondamental : « la justice ne s’improvise pas et ne peut tolérer le deux poids, deux mesures ». Si des reproches ou des fautes sont formulés à l’encontre d’un auxiliaire de justice dans l’exercice de sa mission, les voies légales existent. Le dépôt de plainte et les procédures réglementaires sont les seuls remparts légitimes, excluant d’office toute forme de vindicte populaire ou de justice privée. Les réseaux sociaux et les estrades ne doivent en aucun cas se substituer aux tribunaux, avertit le Conseil.
Conditions
Afin de stopper net cette escalade de la violence, l’Ordre des avocats pose quatre conditions non négociables. Il exige d’abord la condamnation ferme de toute tentative d’intimidation ou d’incitation à la violence contre les hommes en robe. Il réaffirme ensuite son soutien total et indéfectible aux cinq confrères pris pour cible à Nosy-Be, garants de l’indépendance du barreau. Il lance également un appel pressant aux autorités compétentes afin de garantir d’urgence la sécurité physique des concernés et réclame une protection effective pour que les droits de la défense s’exercent dans un climat apaisé. L’Ordre l’assure : il suivra ce dossier de très près. À Nosy-Be comme ailleurs, le droit de propriété ne doit pas s’acheter au prix du sang ni au détriment de l’État de droit.
Julien R.



