
L’insurrection malgache de 1947 est restée longtemps sous silence, fruit d’un encadrement institutionnel plutôt que d’une interdiction formelle. Dès 1947, le récit est verrouillé. Jacques Tronchon rappelle dans « L’insurrection malgache de 1947 : essai d’interprétation historique » (Maspero, 1974) que « la répression qui s’en suivit fit environ 89 000 victimes malgaches », le tout dans une opacité entretenue par l’accès limité aux archives. Le triple est fort probable. Françoise Raison-Jourde souligne dans « Madagascar 1947, la tragédie oubliée » (actes de colloque, 1997) que cette mémoire subit « l’effet ancien de la censure militaire et administrative française, ainsi que de l’autocensure des élites politiques malgaches ». Un silence intériorisé qui persiste sous Philibert Tsiranana (1960–1972). La production y reste marginale et universitaire. Sous Didier Ratsiraka (1975–1991), l’événement est intégré à une idéologie officielle, créant une « mémoire autorisée » sans pluralité. Ce n’est qu’après 1990 que des ouvrages comme « Madagascar 1947, la tragédie oubliée » (Le Temps des Cerises, 1997) permettent enfin de « briser le silence ». En somme, la censure fut un système évolutif de contrôle et de diffusion inégale, retardant de plusieurs décennies l’émergence d’un récit historique partagé. La mémoire demeure politiquement sensible dans un État soucieux de stabilité et de relations avec la France.
Recueillis par Maminirina Rado


