
Rabearivelo l’a bâtie, Ravaloson la domine, Ramanantoanina l’a payée de sa vie. Voici le classement non exhaustif des plus grandes plumes malgaches, entre gloire, oubli et sacrifice.
En littérature malgache, deux figures peuvent être considérées comme les plus influentes de l’époque moderne : Jean Joseph Rabearivelo (1901–1937), qui a apporté une assise structurelle et symbolique, et Elie Rajaonarison (1951–2010), transgénérationnel et passeur direct. Si le premier avait voulu un fils spirituel, cela aurait été le second, rêveraient les amoureux et amoureuses de lettres et de poésie.
En revanche, dans le classement des auteurs les plus primés, personne ne dépasse jusqu’à aujourd’hui Johary Ravaloson, celui qui a déjà remporté le prestigieux « Prix Ivoire » en 2017 grâce à son roman « Vol à vif ». Au fil du temps, il a gagné pas moins de huit distinctions. Il est suivi par Jean-Luc Raharimanana, qui a eu le « Prix Tardivat » en 1989, à 22 ans, et Michèle Rakotoson.
Dans la même veine, David Jaomanoro (1953–2014) est aussi un écrivain aux récompenses internationales multiples. La plus remarquable a été attribuée en 1993 par Radio France Internationale (RFI) pour sa nouvelle « Funérailles d’un cochon ». Naivoharisoa Patrick Ramamonjisoa, illustre inconnu, a aussi remporté un prix littéraire francophone avec « Dahalo ». Un seul, cependant. Il est le seul Malgache de sa génération dont le roman « Au-delà des rizières » (2012) a été traduit en anglais. Un prestige qu’il partage avec le monstre sacré Jean Joseph Rabearivelo, qui a vu son chef-d’œuvre, « Traduit de la nuit » (1932), traduit en anglais et édité par Bloomsbury, la maison d’édition de six prix Nobel de littérature, et aussi celle qui a vu naître la saga Harry Potter.
Parmi toutes ces figures incontournables de la littérature malgache se trouve le plus grand oublié : Ny Havana Ramanantoanina (1891–1940), le génie des génies. Dès 14 ans, sa plume énervait déjà les occupants français et terrorisait les parents, au point d’interdire la lecture de ses essais et autres ouvrages. Les jeunes Tananariviens et Tananariviennes raffolaient de ses écrits. Puis, suite à la chasse aux patriotes, il fut exilé à Mayotte. Écarté et isolé à son retour au pays à cause de son entêtement, il décède à 49 ans dans la précarité matérielle et financière. Le voir écrire en français aurait déjà été une victoire pour les colons, ce qu’il se serait refusé jusqu’à sa mort. De tout temps et en tout lieu, aucun artiste, toutes disciplines confondues, n’a autant sacrifié pour sa patrie et son art que lui.
Maminirina Rado




