Le bilan de la campagne de lutte antiacridienne pour la période 2025-2026 s’annonce particulièrement positif, selon la FAO à Madagascar.
Menée par le ministère de l’Agriculture et de la Souveraineté alimentaire, à travers le Centre national de lutte antiacridienne (IFVM), cette opération a bénéficié de l’appui technique de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). Grâce à une coordination renforcée entre les interventions terrestres et aériennes, une superficie totale de 253 572 hectares infestés par les criquets a été traitée dans cinq régions concernées, notamment dans la partie sud de l’île. Dans le détail des opérations, plus de 178 000 hectares ont fait l’objet de traitements ciblés par voie aérienne. L’impact direct de ces interventions s’avère majeur pour l’économie rurale. En effet, elles ont permis de sécuriser les récoltes de 360 000 ménages agricoles, préservant ainsi leurs moyens de subsistance et soutenant directement la sécurité alimentaire des zones touchées.
Biopesticides. Pour mener à bien cette campagne, d’importants moyens logistiques ont été déployés par la FAO, en partenariat avec le ministère de tutelle, incluant la mobilisation de deux hélicoptères et de cinq équipes terrestres, accompagnés de l’acheminement de 320 000 litres de pesticides. Cette édition se distingue également par l’application d’une stratégie de lutte intégrée, combinant sécurité sanitaire et respect de l’environnement. Des biopesticides ont ainsi été pulvérisés sur une superficie de 8 517 hectares infestés, contribuant à la préservation de l’environnement et de la biodiversité, ainsi qu’à la protection de la santé des populations locales. Le gouvernement a procédé à l’importation de ces deux types de produits afin de maximiser l’efficacité des interventions sur le terrain. Parallèlement aux actions d’urgence, la campagne a fortement consolidé les capacités nationales en matière de prévention et de réponse rapide. Une cellule de veille acridienne a été mise en place pour assurer une détection précoce et une surveillance continue des essaims.
État de rémission. En outre, le suivi des infestations passe désormais par la digitalisation des procédés, s’appuyant notamment sur des systèmes de cartographie avancée. Les communautés locales ont également été sensibilisées et associées à la surveillance précoce, ainsi qu’à la gestion des risques. Il convient de rappeler que l’ensemble de ces opérations est financé par la Banque mondiale à travers la mise en œuvre du Projet de résilience des systèmes alimentaires (FSRP). Ces résultats s’inscrivent dans une dynamique encourageante à moyen terme. En l’espace de deux ans, couvrant les deux dernières campagnes, plus de 555 000 hectares de terres infestées ont été traités et protégés à travers le pays. Pour la future campagne 2026-2027, les parties prenantes prévoient de consolider ces acquis en renforçant la détection précoce et en accélérant la digitalisation de la collecte, de l’analyse et de la gestion des données. Selon les explications de la FAO à Madagascar, la mobilisation d’un financement complémentaire de 8 millions de dollars s’avère désormais nécessaire pour finaliser ce programme quadriennal, avec pour ambition d’atteindre un état de rémission acridienne durable d’ici 2028.
Acquis scientifiques. Par ailleurs, le gouvernement gagnerait à encourager activement les acteurs nationaux, et plus particulièrement la communauté scientifique, à concevoir et développer des biopesticides locaux. En parallèle, un soutien accru au secteur privé s’avère indispensable pour passer à une production industrielle et à grande échelle. Une telle démarche permettrait de réduire de manière significative le coût financier des campagnes de lutte antiacridienne, tout en affranchissant Madagascar d’une dépendance structurelle vis-à-vis des importations de produits chimiques, souvent coûteux et néfastes pour la santé publique comme pour l’environnement.
Il convient de rappeler que le pays dispose déjà d’un socle d’expertise en la matière : le Centre national de recherche appliquée au développement rural (FOFIFA) a mené des travaux probants sur ce sujet il y a quelques années. La valorisation et la relance de ces acquis scientifiques constitueraient un levier stratégique majeur pour consolider la souveraineté sanitaire et écologique de la Grande Île.
Navalona R.


