
Le Bureau indépendant anti-corruption (BIANCO) a présenté hier son rapport annuel à Anosy. Si le Directeur général, Gaby Nestor Razakamanantso, note des avancées significatives dans la répression et le recouvrement, les chiffres donnent le tournis : plus de 325 milliards d’ariary de préjudices pour l’État malgache.
L’heure est au bilan pour la lutte contre l’impunité. Hier, dans les locaux du ministère des Affaires étrangères, à Anosy, le BIANCO a levé le voile sur les statistiques de l’année 2025. Un exercice de transparence qui révèle l’ampleur du défi national. Le chiffre choc est tombé : les préjudices financiers causés à l’État sont estimés à 325 462 666 007 ariary. Malgré cette hémorragie financière, le patron du BIANCO, Gaby Nestor Razakamanantso, a tenu à souligner une montée en puissance de l’efficacité opérationnelle de son institution.
Sévérité accrue
Sur les 2 765 doléances reçues par le Bureau, plus de la moitié (51,46%) ont été jugées investigables. Au total, 641 cas de corruption ont été détectés et les dossiers transmis aux juridictions compétentes, soit une hausse de 7,19% par rapport à 2024. Plus significatif encore, le nombre de mandats de dépôt a bondi de 23,56%, témoignant d’une sévérité accrue des autorités judiciaires. Comme les années précédentes, certains secteurs restent particulièrement exposés. Les collectivités décentralisées arrivent en tête du sombre classement avec 19,64% des plaintes, suivies de près par le foncier (15,84%) et la justice (9,62%). À l’inverse, l’agriculture, l’enseignement supérieur et la fonction publique affichent les taux les plus bas, oscillant sous la barre des 1%.
278 milliards
En termes de profils, les élus des collectivités territoriales paient le prix fort de cette surveillance avec 249 enquêtés, dont 20 placés sous mandat de dépôt. Ils sont suivis par les agents de l’éducation (183 enquêtés) et de l’administration domaniale. Fait notable : le secteur privé n’est pas épargné, les dirigeants de sociétés grimpant dans le top 4 des personnes impliquées. En tout cas, la stratégie de « frapper au portefeuille » semble porter ses fruits. En 2025, le BIANCO a intensifié le gel et la saisie des avoirs illicites. Le bilan fait état de 59 comptes bancaires gelés (soit plus de 21 milliards d’Ar) et de 16 véhicules saisis. Au total, ce sont près de 278 milliards d’ariary qui ont été immobilisés l’année dernière.
Jurisprudence. Présent lors de cette présentation, le Premier ministre, Mamitiana Rajaonarison, a affiché une fermeté sans équivoque. Il a réitéré la volonté de l’Exécutif de s’attaquer aux « gros poissons » et de nettoyer « au sommet de l’État ». « Il faut rendre la corruption non rentable, risquée et détestée », a-t-il martelé, promettant les moyens nécessaires pour traquer chaque ariary détourné. Interrogé sur les personnes politiquement exposées (PPE), le DG du BIANCO a reconnu la complexité de ces dossiers où les preuves sont souvent dissimulées. Toutefois, il note un changement de paradigme. « Aujourd’hui, les autorités laissent les preuves s’exposer librement », a-t-il avancé. Une ouverture qui permet d’avancer sur des dossiers emblématiques comme ceux de la CNAPS ou d’Air Madagascar. Cette dynamique est renforcée par la jurisprudence de la HCC, permettant désormais au Pôle anti-corruption (PAC) de juger les infractions « détachables » des fonctions des hauts responsables, contournant ainsi les blocages habituels de la Haute Cour de justice (HCJ). La guerre est déclarée.
Julien R.


