
Le décret n°2026-972 vient de fixer le nouveau taux de l’indemnité de sujétion et de risque pour les magistrats. Si cette mesure vise à revaloriser un corps souvent décrié, elle suscite déjà des remous au sein des autres secteurs de la fonction publique, notamment chez les enseignants.
Le monde judiciaire est en ébullition et, avec lui, l’opinion publique. En application de l’ordonnance n°2005-005 relative au statut de la magistrature, le récent décret présidentiel acte une décision forte : l’octroi d’une indemnité mensuelle de 1 200 000 Ariary pour chaque magistrat, avec un effet rétroactif au 1er avril 2026. Sur le papier, le chiffre peut paraître modeste pour certains, mais dans le contexte budgétaire actuel, il résonne comme un signal politique majeur.
Espoir. Pour les magistrats, cette indemnité est présentée comme une reconnaissance des risques inhérents à leur fonction et de la « sujétion » (les contraintes lourdes) liée à leur statut. Toutefois, cette avancée ne passe pas inaperçue auprès des autres corps de l’État. Les enseignants, en première ligne d’un combat syndical qui dure depuis des années pour l’amélioration de leurs conditions de vie, y voient un précédent. « Si l’État peut débloquer ces fonds pour la justice, pourquoi pas pour l’éducation ? », s’interrogent déjà certains leaders syndicaux. Pour beaucoup de fonctionnaires, ce décret est perçu comme une lueur d’espoir : la preuve que les lignes budgétaires peuvent bouger, laissant espérer que leur « tour » viendra dans les prochains jours.
Corruption. Mais au-delà de la grogne sociale, une question de fond subsiste : l’argent suffit-il à l’éthique ? La justice malgache reste, selon le dernier rapport du BIANCO, l’un des secteurs les plus exposés à la corruption, aux côtés du foncier et de la gendarmerie. Cette indemnité de 1,2 million d’Ariary parviendra-t-elle à « redorer le blason » d’un département souvent pointé du doigt ? Pour les observateurs, la revalorisation salariale est un levier nécessaire pour limiter la tentation, mais elle ne saurait être l’unique remède. Sans une volonté politique de fer pour sanctionner les manquements et une transparence accrue, l’indemnité de risque risque fort de n’être qu’une goutte d’eau dans un océan de réformes nécessaires. À l’heure où le garde des Sceaux et le ministre de l’Économie s’attellent à l’exécution de ce décret, le gouvernement joue gros. Il s’agit de stabiliser un corps d’élite sans pour autant embraser le front social des autres secteurs qui attendent, eux aussi, leur part du budget national.
Julien R.


