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samedi, septembre 26, 2026
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« Mai 72 » : L’alliance de la barricade et du diplôme

La jeunesse, éternelle hantise des dirigeants africains, manifestant sur l’Avenue de l’Indépendance à Analakely en mai 1972 (crédit photo : Feno Harison)
Le rassemblement des intellectuels de l’université de Tananarive et le Zwam, des quartiers populaires de la Ville des Milles, est partie d’un ras-le-bol commun (crédit photo : Vahoaka Malagasy)

« Mai 72 » a tenté de briser la barricade de la gérontocratie, carte à jouer du néo-colonialisme, en unissant étudiants et jeunes des quartiers populaires. Le sacrifice physique des « Zwam », maîtres des dédales de Tananarive, a renversé le système et forgé les prémices égarées d’une solidarité intellectuelle et urbaine qui hante encore les débats générationnels de 2026.

L’avant, le pendant et l’après 13 mai 1972 auraient pu permettre de retrouver un Tananarive réconcilié entre les gosses de la classe moyenne conservatrice, des CSP+ et les jeunes des quartiers populaires rassemblés dans le « Zwam ». Ou « Zatovo Western Amical Malagasy », premier mouvement culturel urbain post-colonial. « La jonction s’est opérée dans le sang. Ce ne sont pas les discours qui ont réuni l’étudiant d’Ankatso et le jeune d’Isotry, mais la barricade. Lorsque les FRS ont chargé, le « cow-boy » est devenu le bouclier du futur médecin », formulait André Ravatomanga, dans « Chronique d’une saison rouge : Madagascar, 1972-1975 » (L’Harmattan, 1994). Au-delà de la lutte des « privilèges » ressentis par cette couche populaire, aujourd’hui amalgamée aux « bas-quartiers » ou « bakart », il y avait ce sentiment d’oppression générationnelle cristallisée par la gérontocratie, tel que souligné par le professeur émérite Solofo Randrianja. Héritage du paternalisme colonial et stratégie de la bureaucratie de l’âge. Puisque les colons français pensaient qu’avec les bouleversements géopolitiques, deux grandes guerres puis un mouvement pacifiste en Occident, le « vieux » colonisé était synonyme de bon serviteur stabilisé et d’autorité morale « traditionnelle ». D’où la caricature du gouverneur colonial hautain, « nègre de salon » et paternaliste. Ainsi, dès la Première République, avec le mimétisme à la Philibert Tsiranana, la jeunesse a été tout de suite exclue. Réminiscence actuelle de ce passé de soumis, en 2026, les communicants anti-« Gen Z » reprennent le relais en dénonçant leur âge et leur inexpérience. Durant la période « mai 72 », la convergence de cette jeunesse érudite et de cette jeunesse populaire a été l’arme ultime qui a fait faillir les terribles Forces républicaines de sécurité (FRS). De jets de pierre à un semblant de guérilla urbaine, « les FRS gisaient dans les couloirs d’Ampasanimalo ; les manifestants les attiraient dans les couloirs de ce quartier, la nuit », se souvient une septuagénaire habitante d’Ampefiloha. En résumé, l’état d’esprit des ZOAM était : « nos corps pour vos idées, notre courage pour vos diplômes, afin que demain, nous ne soyons plus des oubliés ». Plus qu’un acte politique, un sacrifice physique. À un tel point, ainsi que le relate Pascal Chaigneau dans « Rivalités politiques et socialisme à Madagascar » (CHEAM, 1985) : « L’incapacité des forces républicaines à tenir le centre-ville tenait moins au nombre de manifestants qu’à la maîtrise du terrain par les bandes de jeunes. Leur connaissance des dédales urbains rendait toute stratégie de dispersion inopérante ». La Ville des Mille reprend ses droits, le système politique dominant vacille. Cette culture des « couloirs », dessinant le Tananarive « underground », maintient encore cette circulation et cette rencontre des idées du populaire et de l’érudit. Le « vakisôva » en est la cristallisation. Une musique populaire, de l’ère royale, et politisée dans les textes. Dès lors, chantait Fitarikandro Tsiadana, du nom d’un quartier non loin de l’ancien quartier général des FRS à Antanimora, dans « Nivadibadika » : « Au peuple d’aspirer au « vivre-ensemble » (fihavanana) et à la jeunesse d’étudier / C’est ce qui est en vogue ». Les études comme le plus légitime et accessible des ascenseurs sociaux.

Maminirina Rado

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