
À l’occasion du 70e anniversaire de la province d’Antsiranana, l’Institut du Droit International Africain et de la Bonne Gouvernance (IDIA-BG), en étroite collaboration avec la Faculté des lettres et des sciences humaines de l’Université d’Antsiranana, a pris l’initiative de livrer une conférence autour du thème « Antsiranana, porte stratégique de Madagascar sur l’océan Indien : souveraineté, coopération régionale et vision à 2050 », le mardi 29 septembre dernier.

L’intervenant, Maître Said Larifou, président de l’Institut du Droit International Africain et de la Bonne Gouvernance (IDIA-BG), a capté l’attention des étudiants. La cohésion sociale, le dévouement, la volonté politique ont été soulevés. En outre, le juriste international a affiché sans détour son attachement au continent africain. D’ailleurs, après la conférence, il réitère en publiant sur le réseau social Facebook : « J’ai défendu une conviction : le panafricanisme de 2050 doit bâtir des passerelles entre les territoires africains. Ces liens doivent reposer sur des valeurs communes de démocratie, de libertés, de justice et de patriotisme africain. Ils doivent aussi prendre corps dans des projets économiques, sociaux, culturels et universitaires communs, ainsi que dans la formation professionnelle de notre jeunesse… C’est dans cet esprit que j’ai proposé de faire d’Antsiranana un territoire pilote, selon une ambition à construire avec les Malgaches ».

D’origine comorienne, Maître Larifou est né à Diego-Suarez, il connaît la localité. Il a fait ses études à l’extérieur. Puis, il est devenu candidat potentiel lors des élections présidentielles aux Comores contre Azali. Suite à un trouble politique durant lequel il a été blessé par une balle en caoutchouc, le juriste part en France pour se ressourcer. Dès lors, il essaie de réunir ses frères africains pour une bonne cause : la démocratie… Pour lui, la Grande île a des ressources permettant à sa population de se développer. « Madagascar dispose d’atouts considérables pour répondre aux besoins de sa population et développer des échanges avec ses voisins. Pourtant, les ressources ne deviennent pas d’elles-mêmes des emplois, des services publics ou de meilleures conditions de vie ». Larifou porte la ville du Pain de Sucre dans son cœur. Il est persuadé que sa ville natale sera à nouveau un pôle d’attraction. « Diego-Suarez, où je suis né, possède une situation maritime, des ressources humaines, une université et une jeunesse qui peuvent contribuer à des projets utiles au pays. Il s’agirait de réunir les acteurs du territoire autour de priorités concrètes : formation, activités productives, valorisation des ressources, protection des littoraux et coopération régionale. Les expériences qui feront leurs preuves pourraient ensuite servir à d’autres territoires malgaches ».

Enfin, il conclut : « Cette rencontre a été un moment de réflexion, de dialogue et d’émotion. Je remercie la Faculté pour son accueil, ainsi que les étudiants, les universitaires, les responsables d’organisations de la société civile portées par des jeunes et les journalistes présents. Leurs questions ont porté sur le panafricanisme, la souveraineté africaine, les risques d’un tel engagement et les moyens de surmonter les obstacles qui freinent le développement de nos territoires ». Apparemment, le plaisir est partagé. Les étudiants ont aussi apprécié la conférence. « Très enrichissante ! Il nous a transportés, nous a donné de l’espoir. Il sait entretenir avec les jeunes. Personnellement, cela me donne envie d’étudier. Monsieur Larifou nous a offert des connaissances inestimables en l’espace de 2h30. Ça éveille le nationalisme, le patriotisme et le panafricanisme », a déclaré Willo Tiandrainy, un étudiant en master d’histoire. Mais il ne suffit pas de hocher la tête. Les étudiants, qui s’en sortaient cultivés et confiants, ont promis de suivre tous les conseils du maître !

Le panafricanisme est une idéologie, un mouvement politique et culturel qui considère l’Afrique, les Africains et les descendants d’Africains hors d’Afrique comme un seul ensemble visant à régénérer et unifier le continent noir, ainsi qu’à encourager un sentiment de solidarité entre les populations africaines. Bien que les jeunes Malgaches aient entendu, à travers des émissions télévisées étrangères ou à travers des livres, cette vision ne touche qu’une frange d’élites. Certains avancent que l’attitude insulaire malgache en est la principale cause. Toutefois, ces dix dernières années, la nouvelle génération réalise que Madagascar, fruit du mariage afro-asiatique, est géographiquement situé à 400 km de la côte tanzanienne. De surcroît, l’influence africaine est palpable sur tous les plans. Par conséquent, les jeunes Malgaches, en l’occurrence les Diégolais, sont persuadés de leur africanité.
En somme, la conférence livrée par Me Larifou a aiguillonné des esprits. L’intervenant a encouragé les jeunes de l’Université d’Antsiranana à entreprendre, à tracer leur destin de leurs propres mains. Il n’est pas venu pour donner des leçons. Au contraire, il était attentif aux questions posées par l’assistance. Bâtir l’Afrique avec un peuple soudé, fier et décomplexé, c’est son souhait le plus cher. Oui, il fait partie de ces chefs de chantier voulant construire une forteresse prête à résister à la domination étrangère. « Nous ne devrions pas être des prisonniers du passé. Je suis d’accord que le passé est douloureux. Mais nous devrions surpasser cela en érigeant une Afrique forte et fière », a-t-il conclu !
Iss Heridiny




