Le monde accélère, Madagascar vacille. La planète reste toujours plongée dans ce mélange explosif où se croisent guerre, virus, commerce, influence géopolitique et propagande. Un cocktail devenu familier depuis que notre siècle a cessé d’être une promesse pour devenir une succession de secousses. À Beijing, du 13 au 15 mai, les retrouvailles entre Xi Jinping et Donald Trump avaient des allures de sommet de survie mondiale. Deux hommes, deux empires économiques, deux visions du monde. Derrière la visite amicale, les sourires diplomatiques et les poignées de main calibrées, la réalité reste brutale : le commerce mondial est suspendu aux décisions de Washington et de Pékin. Et au-dessus de la table flotte toujours le spectre de Taïwan, ce morceau de territoire revendiqué par la Chine qui risque de devenir l’un des détonateurs potentiels du siècle.
Comme si les tensions militaires ne suffisaient plus, voilà maintenant que revient la peur sanitaire. L’OMS tire la sonnette d’alarme sur l’hantavirus. Le mot suffit déjà à réveiller les traumatismes encore frais de 2020. Confinements. Économies paralysées. Solitudes forcées. Cimetières débordés. L’humanité croyait avoir tourné la page du Covid-19, mais elle découvre qu’elle n’a peut-être refermé que le premier chapitre. La souche détectée à bord du navire MV Hondius, transmissible entre humains, rappelle brutalement que la mondialisation transporte autant les marchandises que les menaces. Et pendant que les scientifiques surveillent les virus, les stratèges surveillent les missiles.
Le Moyen-Orient reste prisonnier du feu. La guerre menée par les États-Unis et Israël contre l’Iran continue de faire trembler les marchés. Le détroit d’Ormuz, étranglé par les tensions, maintient l’économie mondiale sous respiration artificielle. Chaque jour de blocage renchérit l’énergie, fragilise les chaînes logistiques et nourrit les paniques financières. Au Liban, l’offensive israélienne éloigne encore davantage toute perspective d’apaisement. Dans cette région, rester neutre devient presque un luxe géopolitique inaccessible. L’Inde et les Émirats arabes unis l’ont compris en scellant leur pacte de défense. Le monde se réarme pendant que les discours sur la paix deviennent des exercices de communication. Au même moment, la France tente de sauver son influence africaine à coups de sommets et de réseaux diplomatiques.
L’Africa Forward Summit de Nairobi, mijoté par Emmanuel Macron, voulait afficher un partenariat rénové avec le continent. Mais les grands discours peinent désormais à masquer une réalité plus rude : l’Afrique est devenue un terrain de compétition mondiale où chaque puissance avance ses pions. Pékin construit. Moscou sécurise. Washington surveille. Paris tente de rester dans la partie. Et justement, la Russie avance sans complexe. À Madagascar aussi. Coopération militaire, offensive culturelle, offres politiques, promesses d’investissements : les hommes de Vladimir Poutine occupent progressivement le terrain. Les nouvelles autorités du pays leur laissent un espace stratégique considérable. L’île devient alors un laboratoire discret des nouvelles rivalités internationales dans l’océan Indien.
Dans ce grand jeu mondial, Michael Randrianirina a choisi Brazzaville pour annoncer enfin des élections à Madagascar « vers la fin de l’année 2027 ». Une annonce continentale, faite sous le regard du vieux maître congolais Denis Sassou Nguesso. Le symbole est presque ironique. Car Sassou, lui aussi colonel lorsqu’il prit le pouvoir en 1979, organise des élections depuis quarante-sept ans sans jamais vraiment quitter le fauteuil présidentiel. En Afrique, certains calendriers électoraux ressemblent parfois moins à une alternance qu’à une méthode de conservation du pouvoir. Pendant ce temps, à Antananarivo, les batailles institutionnelles prennent des airs de querelles de procédure.
Siteny Randrianasoloniaiko reproche au député Antoine Rajerison d’avoir saisi la Haute Cour constitutionnelle contre le chef de l’État. Pas la bonne porte, dit-on. Pourtant, derrière les débats juridiques se cache une question plus profonde : dans un système verrouillé, existe-t-il réellement une bonne porte pour contester le pouvoir ? Et voilà que l’hantavirus s’invite aussi dans les préoccupations malgaches. Contrôles renforcés dans les aéroports. Vigilance sanitaire accrue. Discours rassurants des autorités. Mais le souvenir du Mpox est encore là, et chacun sait que le premier secteur sacrifié en cas de crise sanitaire reste le tourisme.
Cela n’empêche pourtant pas le ministère du Tourisme de poursuivre sa campagne offensive. Direction Suèvres, petite commune française de mille cinq cents habitants, pour promouvoir les merveilles de la Grande Île à travers l’événement Gasik’Art Manja. Les évêques catholiques, eux, ont choisi de parler franchement. Ils dénoncent des priorités nationales reléguées au second plan et alertent sur le risque de voir la « refondation » se transformer en slogan sans lendemain. Dans un pays où les promesses politiques s’accumulent plus vite que les résultats, la mise en garde résonne lourdement. Heureusement, il reste parfois le sport pour offrir une respiration collective.
Aux États-Unis, les derniers préparatifs pour accueillir le Mondial 2026 attirent toujours l’attention, malgré le débat sur les tarifs d’accès au stade. En Égypte, à Ismaïlia, le Malgache Elarion Randriamiarmanana a décroché trois médailles d’or au championnat d’Afrique d’haltérophilie. Trois éclats dorés dans un quotidien souvent gris. Les regards se tournent désormais vers les Ankoay dames engagées aux Women’s Series 3×3 de Shanghai. Parce qu’un panier réussi, une médaille remportée ou un hymne national joué à l’étranger réussissent parfois là où les discours politiques échouent : redonner un peu de fierté à tout un peuple. Et pour finir, il restera la musique. Celle de la chorale Taninketsa de la FJKM Tranovato Ambonin’Ampahamarinana. Parce que lorsque les nations s’agitent, que les marchés s’effondrent, que les virus réapparaissent et que les guerres se rapprochent, il reste toujours aux peuples quelques refuges : le sport, la foi et les chansons, capables, pendant quelques minutes, de faire oublier le vacarme du monde. Dans un mois, les amoureux du foot vont de nouveau revivre des moments précieux !
Rija Randriambola




