Il y a des semaines où l’actualité internationale ressemble à une grande scène de théâtre. Les puissants y jouent leur partition, les perdants contestent le verdict des urnes, les grandes puissances se disputent les influences et les célébrités découvrent, parfois à leurs dépens, que les mots peuvent coûter cher. Au milieu de ce grand spectacle, Madagascar tente aussi de jouer son rôle, entre diplomatie de prestige, ambitions nationales et questions encore sans réponse.
À Moscou, les 28 et 29 octobre, Vladimir Poutine a sorti le grand jeu pour accueillir 48 pays africains au troisième sommet Russie-Afrique. Une belle démonstration de force diplomatique pour un Kremlin qui entend bousculer l’ordre mondial dominé par l’Occident et promouvoir un monde multipolaire. Les poignées de main, les discours sur la souveraineté et les promesses de coopération ont rythmé cette grand-messe. Mais derrière les sourires protocolaires, une question demeure : l’Afrique est-elle réellement en quête d’émancipation ou simplement à la recherche de nouveaux partenaires pour diversifier ses dépendances ? Car changer de partenaire ne signifie pas nécessairement changer de condition. La livraison de douze chasseurs Su-35 russes à l’Éthiopie illustre, certes, la concrétisation de certains rapprochements. Mais l’émancipation africaine ne se mesurera ni au nombre de contrats militaires ni au nombre de chefs d’État reçus au Kremlin. Elle se jugera à la capacité des pays africains à défendre leurs intérêts, à négocier d’égal à égal et à transformer les partenariats en véritables leviers de développement.
Washington, de son côté, n’a visiblement pas l’intention de regarder le spectacle depuis les coulisses. La tenue presque simultanée d’un sommet ministériel de la Défense avec ses partenaires asiatiques à Cebu, aux Philippines, rappelle que la bataille des influences ne se joue plus sur un seul échiquier. La Chine, elle aussi, hausse le ton face aux États-Unis, dénonçant les sanctions contre ses entreprises et les accusations de travail forcé au Xinjiang. Entre Washington, Pékin et Moscou, les discours sur les droits de l’Homme, la sécurité et la souveraineté deviennent autant d’instruments dans une partie où les principes se mêlent souvent aux intérêts stratégiques. Dans ce concert des puissances, Cuba continue également de mesurer le poids de son isolement. Pour la 34e fois, l’Assemblée générale des Nations unies a réclamé la levée de l’embargo américain. Mais le résultat du scrutin est révélateur : 130 voix pour, 17 contre et 25 abstentions, contre 165 voix favorables l’année précédente. La solidarité internationale a ses limites, surtout lorsque les équilibres géopolitiques évoluent.
Pendant ce temps, au Brésil, la défaite électorale ne semble pas être une option acceptable pour tout le monde. Flavio Bolsonaro, qui conteste le résultat du scrutin depuis Miami, aux États-Unis, s’est proclamé président légitime, accusant Lula et la Cour suprême brésilienne d’avoir confisqué sa victoire. Une démocratie où le perdant s’autoproclame vainqueur depuis l’étranger, voilà une conception assez particulière du suffrage universel. Le verdict des urnes aurait-il désormais besoin d’une validation personnelle pour devenir légitime ? En Israël, les résultats électoraux s’annoncent tout aussi déterminants. La légère avance prêtée à Benyamin Netanyahou et la progression historique annoncée des partis représentant les Arabes israéliens pourraient rebattre les cartes politiques. Maintenant c’est surtout la politique étrangère israélienne qui est en jeu, dans un contexte de confrontation avec l’Iran. À Moscou, Michaël Randrianirina a bénéficié des attentions de Vladimir Poutine. Le dirigeant malgache s’est même vu attribuer le titre de professeur honoraire de l’Académie russe de l’économie nationale et de l’administration publique. Une distinction qui vient compléter le tableau d’un rapprochement diplomatique particulièrement soigné. Mais les honneurs protocolaires ne constituent pas, à eux seuls, une politique étrangère. La véritable mesure de cette relation se jugera à ses retombées concrètes pour Madagascar : investissements, transferts de compétences, coopération économique et bénéfices tangibles pour la population. Jusqu’à présent, les discours l’emportent sur les actes. Les diplômes honorifiques font toujours plaisir. Les résultats économiques, eux, font encore davantage plaisir. Et le retour annoncé de la marque Air Madagascar suscite également des attentes. Le nom possède une charge symbolique indéniable. Il renvoie à une époque où la compagnie nationale incarnait davantage qu’un simple transporteur aérien : une certaine idée de la fierté nationale et du rayonnement du pays. Mais ressusciter une marque ne suffit pas à ressusciter une compagnie. Derrière le changement d’appellation se profilent des interrogations juridiques, financières et opérationnelles. Quel sera le statut exact de la compagnie ? Qu’adviendra-t-il de son lourd passif, notamment de ses millions de dollars de dettes ? Et surtout, quel modèle économique permettra d’assurer sa pérennité ? La nostalgie est une excellente conseillère en matière de symboles, beaucoup moins lorsqu’il s’agit de gérer des comptes. Le retour d’Air Madagascar ne devra donc pas se limiter à une opération de communication ou à une restauration sentimentale du passé.
Rija Randriambola



