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samedi, octobre 24, 2026
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Musique : Lija ou le miracle de l’ordinaire sensible

Une musique venue des tripes, pour être sculptée en poésie, le style Lija Rabefarihy. (crédit photo : Lija Rabefarihy)

Il y a des œuvres et des artistes qui exigent de retenir son souffle. Tel Lija Rabefarihy, qui érige la mélancolie en art noble. Avec la rigueur d’un orfèvre du studio et la pudeur d’un barde urbain, l’artiste malgache signe ici un manifeste de l’ordinaire sensible, où chaque accord, chaque respiration de guitare et chaque écho choral sculptent la mémoire des solitudes.

Il y a la variété, avec un grand « V », la variété « Popper’s », du cache-misère et la variété « comète », qui ne s’offre à l’émerveillement qu’une fois toutes les décades, les décennies ou les siècles. Et puis il y a Lija, avec l’obligation de citer un nom : le dernier chanteur de sa trempe était Nonoh, dans les années 80. Pour ne citer que la chanson maladive et ultraculte de ce dernier, « Hoy ianao ». Un portrait de l’ordinaire sensible : l’homme, la femme, un couple confronté à ses doutes. En musique, l’amertume pourrait recéler une certaine douceur. Sans le faire exprès ou avec toutes les intentions poétiques, Lija signe des orchestrations qui le rapprochent plus d’un sculpteur que d’un ingénieur du son. « Mbola miandry » est un périple, avec, à sa gauche, une atmosphère d’une grandeur théâtrale et, à sa droite, une poésie textuelle du marcheur solitaire. La solitude en mots : « Ny feo ny fahoriana tsy mety mangina/Fa mbola feno sedra ao anatiko ao… » La solitude, c’est aussi combattre seul ses démons, avec une finalité salvatrice ou destructrice. Puis le basculement intervient dans le refrain : « Na mavesatra ny adin–tsaina izay haterahako/Kanefa matoky aho fa ianao no lalako… hamirapiratra ianao ». Et là, un solo de guitare nappé d’un chœur, une géographie de l’espace sonore, laisse le titre respirer jusqu’à la fin, tout autant que son émotion. Voilà ce qui s’appelle sculpter une chanson.

Comme Nonoh, Lija habite ses œuvres. Donc, loin du « showbuzz » de la variété « Popper’s », chaque titre de l’artiste est un morceau de lui-même. Si ce n’est lui-même. Des œuvres sincères comme l’orage. Des œuvres avec leurs contradictions, leurs affirmations et les douleurs de la trahison. Lija est tout autant capable de jouer les troubadours de l’autodérision dans « Mikiranina », un argot tananarivien. Du classique, sur lequel il sort du voyage pour du « FM », avec le « sourire triste ». Il y entonne un amour déçu lors d’un premier rencard infernal, puis dix ans après avec la même femme. « Ny fitadidiana anao no tsy aiko lavina/Tsy hita ny atao ka mbola mangana… » Les nappages synthétiques, présents dans les deux morceaux, et les syncopes organiques apportent sa légèreté à « Mikiranina ». L’auditeur a le choix entre une mélancolie sans drame et l’espoir viril du coq de la basse-cour. Les appétits sont à assouvir tout de même. Si le fil conducteur de Lija semble souvent être la déception, la solitude, le combat interne… sur « Kamboty », il étale cette panoplie, soutenue par une approche plus batailleuse. Il démontre que, face à l’adversité que la vie lui impose, il laisse toujours une fenêtre ouverte à l’espoir et à la résilience. Alors, il dresse un mur. Le morceau alterne l’énergie et la lourdeur. La basse se veut plus frontale, l’artiste s’y dévoile en « fils de la nuit ».

Ce genre de gars des boîtes de nuit qui cherche à lever quelques « gazelles », qui discute entre deux portes pour refaire le monde sur l’avenue de l’Indépendance, à Analakely, un vendredi soir… avec, au fond de lui, cette ténacité à ne jamais verser dans le relâchement. Condition sine qua non de la résilience, pour ne pas subir. « Irery Aho », « Veloma Any », « Tany Fandalovana », « Isika Mbola Ho Any »… Ces titres de son unique album marquent cette posture. Au bout du compte, Lija ne cherche ni les feux de la rampe ni les artifices d’une notoriété stérile. Il s’inscrit dans cette caste rare d’artisans du son et de poètes de l’ombre qui façonnent la mémoire auditive d’une génération. Là où d’autres consomment la musique comme un produit jetable, lui la sculpte dans la durée, l’élevant au rang de confidence universelle. Et lorsque les dernières notes de guitare s’évanouissent dans le silence, il ne reste plus que l’essentiel : la certitude que certains chants, semblables à des phares dans la nuit d’Antananarivo, continuent de veiller sur les solitaires.

Maminirina Rado

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