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mercredi, septembre 9, 2026
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Musique : Papa James, une des âmes rock de Madagascar

En 1974, le jeune Mayoub Caid Jean Gaby Rakotonirina avait déjà le regard décidé et les rêves plein la tête. (crédit photo : Papa Mama James)

Figure des nuits d’Anosy et artisan d’un premier groove urbain, Papa James, c’est la quête d’affirmation d’une génération postcoloniale qui se dévoile. Entre rock frontal et mélancolie, sa musique capture l’âme bouillonnante d’un Madagascar en transition.

Papa James, de son nom dans le civil Mayoub Caid Jean Gaby Rakotonirina (1950-2026), possédait cette aura des artistes de sa génération. Insaisissable, orchestrale et surtout dotée d’un sens élégant du « full life », perdu maintenant au fil des Républiques. Pour ne citer que Ramy Franck, son aîné, certes, Dédesse, Henri Liban et d’autres encore. Leur point commun : le rock frontal. « Beby adaladala » (1977, Discomad/réf : 467415) soutient cette affirmation. Bien que, dans le titre, la « folie » soit un sujet presque hérétique dans la morale civique nationale. Les pères et les grands-pères de sa génération portaient encore le silence traumatique de l’humiliation coloniale. Le temps du surinvestissement de la rigueur. C’est qu’en avance sur son époque, beau gosse et musicien chevronné, le jeune Papa James avait pour ambition de conquérir la capitale et son fameux club « Papillon ». Celui-ci a survécu jusque dans les années 90. Et c’est là que son aura a beaucoup joué. Pour faire simple, il faisait ce qui lui chantait et cela remplissait les pistes des night-clubs. D’une interprétation de Johnny Hallyday, chanter en français était un moyen de se faire une place dans le « monde moderne », incarné par la vie nocturne et le cosmopolitisme. Et de conquérir sa place sur l’affiche des night-clubs. À l’intime affirmation de sa malgachéité, il a offert au patrimoine musical national des tubes immortels. À commencer par « Marary ngôma » (1978/1979, Discomad/réf : 467 446), un mantra musical avec ce refrain : « Marary ngôma/ngôma tsy mahafaty », ou « Douloureuse est la nostalgie/nostalgie ne tue point ». Éclair de cafard d’un fils loin des terres de son enfance, douleur d’un amoureux… Sur la piste, Papa James distillait le premier groove urbain, rejoint par du salegy « primitif ». Dans le sillage de l’afrobeat « pop » des années 70 de « Prince Nico Mbarga & Rocafil Jazz », « Les Mangelepa », la pulsation binaire et la structure hypotonique affirmaient toute sa malgachéité. Une musique de l’insouciance, de la décadence même, des excès aussi, sans doute. Cette jeunesse, comme celle du monde, goûtait enfin aux vrais plaisirs libéraux. Une fureur de vivre lâchée dans un entre-deux-mondes, l’au-delà des mers et les racines intangibles. Dès lors, son aura orchestrale prend tout son sens. Homme d’orchestre, il aiguisait à un tel niveau technique la polyphonie. Entre lui et Jean Rakoto, des The Smokers, sur le titre « Ramena » (1975/1976, Discomad/réf : 467 402) de ce dernier, la distance esthétique est immense. Cette chanson exaltait l’exotisme, lumineuse et sentait bon l’iode. Papa James a réussi à sortir du Nord son approche frontale, tout en jouant dans le texte. Ce dernier point est tout aussi important. Les bals populaires du boulevard Lyautey à Tuléar, les soirées fiévreuses du 74, rue Colbert à Diego-Suarez et du Papillon de l’hôtel Hilton criaient « Malemilemy e » comme un seul Malgache. Pour la petite histoire, The Smokers pourrait bien être le, ou un des, patriarches du rock psychédélique à Madagascar.  

Maminirina Rado

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