
Le secteur financier à Madagascar se porte bien, malgré la succession de chocs internes et externes. S&P indique dans son rapport des réserves extérieures solides et une dette encore maîtrisée, malgré les pressions économiques.
S&P Global Ratings maintient la note souveraine de Madagascar à « B- », aussi bien en devises qu’en monnaie locale, assortie d’une perspective stable. Dans son rapport publié le 27 juillet 2026, l’agence internationale estime que le pays conserve plusieurs facteurs de résilience, notamment un niveau satisfaisant de réserves de change, la continuité de l’appui de nombreux partenaires internationaux et une structure de dette publique jugée favorable. Ces atouts permettent, pour l’heure, de contrebalancer les incertitudes politiques, la faiblesse du revenu par habitant, les pressions budgétaires ainsi que les risques climatiques. Le document précise toutefois qu’il ne constitue pas une nouvelle décision de notation, mais une actualisation de l’analyse de la situation malgache. L’agence prévoit une croissance économique de 3,1% en 2026, après un ralentissement à 3% en 2025, contre 4,3% en 2024. Cette évolution serait liée à la faiblesse de certaines exportations, notamment la vanille, le nickel et le café, mais également au ralentissement des investissements privés et de plusieurs projets financés par les partenaires. L’agriculture, en particulier les filières riz, maïs et manioc, a cependant fait preuve de résilience. À moyen terme, S&P table sur une reprise progressive, avec une croissance de 3,8% en 2027, 4% en 2028 et 4,2% en 2029.
Tableau contrasté
Plusieurs moteurs pourraient soutenir cette amélioration. L’agence évoque la hausse attendue de la demande mondiale de nickel, portée par l’industrie des véhicules électriques, la reconstruction après les cyclones ainsi que les investissements prévus dans les infrastructures de transport et d’énergie. La réforme du secteur minier, qui a mis fin à un gel de 16 ans sur les nouveaux permis, pourrait également relancer des projets longtemps bloqués. Plus de 1 600 demandes devraient être réexaminées dans le cadre d’un régime clarifié, prévoyant notamment une redevance de 5% et des garanties de stabilité. La question énergétique reste néanmoins au cœur des préoccupations. Madagascar demeure fortement dépendant des importations de produits pétroliers, alors que la biomasse représente près de 80% du bouquet énergétique national. L’hydroélectricité assure environ 45% de la production électrique, offrant une protection partielle contre la volatilité des cours internationaux. Selon S&P, les tensions observées sur les marchés pétroliers en 2026 ont affecté les transports, l’industrie et les finances publiques. L’agence estime toutefois que les projets hydroélectriques, solaires et thermiques pourraient plus que doubler les capacités de production au cours des trois à quatre prochaines années.
Engagement des partenaires
Sur le plan extérieur, le déficit du compte courant devrait se creuser pour atteindre 8,5% du produit intérieur brut en 2026, après 6,1% en 2025. Cette dégradation s’explique par la baisse des recettes tirées de certains produits d’exportation, combinée à l’importance structurelle des importations alimentaires et énergétiques. Les transferts de la diaspora, qui représentent environ 6% du PIB, constituent cependant un appui important. Les réserves internationales, supérieures à six mois d’importations à la fin de 2025, demeurent par ailleurs un amortisseur essentiel face aux chocs extérieurs. S&P souligne également la continuité de l’engagement des bailleurs de fonds. Malgré le retard pris dans les revues du programme soutenu par le Fonds monétaire international, l’agence prévoit la tenue d’une revue combinée avant la fin de l’année. La Banque mondiale et les autres créanciers officiels ont, de leur côté, maintenu le financement de plusieurs projets. Les appuis budgétaires restent toutefois tributaires de l’avancement des réformes et de la stabilité institutionnelle.
Maîtrisé
Du côté des finances publiques, le déficit budgétaire devrait passer de 2,6% du PIB en 2025 à 4,7% en 2026. Cette hausse résulterait notamment des dépenses de reconstruction après les cyclones, du soutien aux prix des carburants et des contraintes pesant sur les recettes. Le déficit devrait ensuite se réduire graduellement pour s’établir à 4% du PIB en 2029, à mesure que la croissance se renforce et que les subventions énergétiques diminuent. La dette publique reste, pour sa part, à un niveau jugé gérable. La dette brute devrait représenter 40,2% du PIB en 2026, avant d’atteindre 44,2% en 2029. Sa longue maturité, son caractère largement concessionnel et la faiblesse relative de la charge d’intérêt réduisent les risques immédiats. S&P attire néanmoins l’attention sur les engagements liés aux entreprises publiques, en particulier la Jirama, dont les subventions ont représenté en moyenne 1,3% du PIB par an depuis 2020. L’agence observe enfin que la Banque centrale a contribué à stabiliser l’ariary et à contenir l’inflation grâce à une politique monétaire restrictive et à des interventions ciblées sur le marché des changes. L’inflation devrait atteindre 8,4% en 2026, avant de revenir progressivement à 5% en 2029. Une amélioration de la notation resterait possible en cas de réduction plus rapide du déficit, de hausse durable des recettes, de progression des exportations et d’amélioration du climat des affaires. À l’inverse, une aggravation des tensions politiques ou l’apparition de difficultés de liquidité pourraient peser sur la solvabilité du pays. Pour S&P, la stabilité politique, l’efficacité des réformes et la transformation du secteur énergétique seront ainsi déterminantes pour renforcer durablement la trajectoire économique de Madagascar.
Antsa R.


