- Publicité -
vendredi, septembre 18, 2026
- Publicité -
AccueilCultureNy Antsa Rakotobe : « La jeunesse n’est pas absente, elle n’est...

Ny Antsa Rakotobe : « La jeunesse n’est pas absente, elle n’est pas intégrée »

Ny Antsa Rakotobe est une femme engagée à la croisée de la politique et de l’entrepreneuriat. Diplômée en histoire, archivistique et documentation, ainsi qu’en communication, elle conjugue rigueur analytique et sens du relationnel dans ses différentes activités. Entrepreneure, elle pilote des projets d’exportation d’huiles essentielles, contribuant à la valorisation des ressources naturelles malgaches sur le marché international et au développement économique du pays. Sur le plan politique, elle s’engage depuis 2013. Après un passage au sein du parti Leader Fanilo, elle rejoint l’Antoko Repoblikana Nasionalista, où elle occupe aujourd’hui le poste de secrétaire générale. Elle est également membre fondatrice du KFIM et préside la section nationale du KFIM Femme, une plateforme dédiée à la promotion de la participation des femmes et des jeunes à la vie politique. Son parcours incarne une nouvelle génération de leaders malgaches : compétente, engagée et résolument tournée vers l’avenir. À travers cette interview, elle partage sa vision d’une politique plus inclusive et adaptée aux réalités contemporaines de Madagascar.

Midi Madagasikara (M.M.). Malgré ses six décennies d’indépendance, la Grande île est considérée comme un pays jeune, avec une population majoritairement composée de jeunes. Est-ce une faiblesse ou une force ? Et comment une nation portée par sa jeunesse peut-elle fonctionner avec des équilibres politiques où celle-ci reste marginale dans les lieux de décision ?

Antsa Rakotobe (A.R.). Madagascar est en effet un pays jeune. Cette réalité, souvent évoquée dans les discours officiels, reste encore insuffisamment prise en compte dans l’organisation concrète de la vie politique nationale. La question n’est pas générationnelle au sens conflictuel, ni circonstancielle : elle est structurelle. Elle concerne la capacité du système politique à se renouveler afin de rester légitime aux yeux de ceux qui représentent l’avenir du pays.

Depuis plusieurs décennies, la vie politique malagasy s’inscrit dans une certaine continuité institutionnelle, marquée par la permanence des acteurs et des pratiques héritées du passé. Si cette continuité a parfois garanti une forme de stabilité, elle montre aujourd’hui ses limites face aux transformations sociales, technologiques et culturelles que connaît la société.

M.M. On dit souvent que les jeunes ne participent pas à la vie politique. Quel est votre point de vue ?

A.R. La jeunesse malagasy n’est pas absente de la vie publique, bien au contraire. Elle est omniprésente à travers les mobilisations citoyennes, les initiatives communautaires, l’entrepreneuriat, les espaces numériques et les dynamiques locales. Les jeunes réfléchissent au devenir du pays, débattent et agissent. Ce qui leur manque, ce n’est pas la conscience politique, mais plutôt leur intégration au sein des institutions.

M.M. Peut-on alors dire que la population manque de conscience politique ?

A.R. Non. L’erreur consiste à confondre distance et désintérêt. Si les jeunes prennent leurs distances avec les structures politiques traditionnelles, ce n’est pas par indifférence, mais parce qu’ils peinent à s’y reconnaître. Une démocratie ne s’affaiblit pas lorsque sa jeunesse questionne, mais lorsqu’elle cesse d’écouter ces questionnements. L’enjeu dépasse donc la simple participation électorale. Il s’agit de reconstruire un pacte de confiance entre les générations politiques. Les jeunes ont une responsabilité : ne pas abandonner l’espace politique, mais au contraire l’investir progressivement, en s’engageant dans les partis, en participant aux débats publics et en acceptant les exigences de l’action collective.

M.M. Cette responsabilité ne devrait-elle pas être partagée ?

A.R. Absolument. Les générations qui ont façonné la vie politique nationale ont également une responsabilité essentielle : celle d’organiser la transmission. Un système politique ne peut durer s’il ne prépare pas sa relève. L’autorité ne réside pas dans la conservation du pouvoir, mais dans la capacité à former ceux qui prendront le relais avec compétence et responsabilité. Le passage de relais ne doit pas être perçu comme une rupture, mais comme une continuité éclairée.

M.M. Quelles initiatives proposez-vous pour répondre à ces enjeux ?

A.R. Certaines initiatives cherchent déjà à impulser une nouvelle dynamique. Le KFIM (Komity fanorenana Ifotony an’i Madagasikara) s’inscrit dans cette volonté de refondation, en promouvant la participation citoyenne, la valorisation des jeunes et des femmes, ainsi qu’une culture politique fondée sur le dialogue et la responsabilité collective. L’objectif ne se limite pas à la conquête du pouvoir, mais vise à reconstruire une pratique politique plus inclusive et mieux adaptée aux réalités actuelles du pays.

M.M. Les jeunes sont-ils réellement prêts à prendre des responsabilités politiques ?

A.R. La véritable question n’est pas de savoir si la jeunesse est prête. L’histoire montre que chaque génération finit toujours par assumer ses responsabilités. La question essentielle est plutôt la suivante : la politique malagasy est-elle prête à se réinventer pour accueillir pleinement sa jeunesse ? Une nation qui prépare sa relève ne renonce pas à son passé : elle en assure la continuité tout en construisant son avenir.

Propos recueillis par Iss Heridiny.

Suivez nous
502,213FansJ'aime
22,466SuiveursSuivre
8,516SuiveursSuivre
2,891AbonnésS'abonner
Articles qui pourraient vous intéresser

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici