« Tsy hoe olona mivavaka ka manana fahendrena sy fitondrantena mendrika ! Rehefa tsy manavaka ny tsara sy ny ratsy, tsy ny fivavahana akory no tsy ampy fa ny fahatsiarovantena amin’ny maha-olona. »
Il n’est pas nécessaire d’avoir une religion pour posséder la sagesse et une bonne conduite. Mais si tu ne sais pas distinguer le bien du mal, ce n’est pas la religion qui te manque : c’est la conscience de ce que signifie être humain.
Il est des crimes devant lesquels les mots semblent dérisoires.
Deux jeunes femmes, à peine sorties de l’adolescence pour l’une, au seuil de la vie adulte pour l’autre. Deux vies brisées. Deux familles confrontées à une douleur que rien ne pourra véritablement effacer. Elles auraient dû connaître les projets, les études, l’amour, les voyages, les joies simples de la vie. Elles ont connu la violence, les abus et, finalement, la mort.
L’une a été retrouvée ligotée. L’autre a été abandonnée dans des buissons. Derrière ces faits, il y a surtout deux êtres humains dont la vie a été volée.
Une question terrible s’impose : comment un être humain peut-il en arriver à considérer qu’un autre être humain ne mérite plus ni respect, ni dignité, ni même de vivre ?
Notre société aime souvent expliquer la morale par la religion. Nous parlons de foi, de prières, de lieux de culte, de valeurs chrétiennes, musulmanes, traditionnelles ou autres. Nous rappelons avec raison que les religions enseignent généralement le respect de la vie, la compassion, la maîtrise de soi et l’amour du prochain.
Mais ces tragédies nous obligent à aller plus loin.
Car la religion ne peut pas être un simple vernis posé sur une personnalité dépourvue de conscience. On peut connaître des prières sans connaître la compassion. On peut fréquenter assidûment un lieu de culte et continuer à humilier, exploiter ou violenter les autres. On peut parler de Dieu tout en oubliant ce que signifie respecter sa créature.
La morale ne se mesure pas au nombre de prières prononcées, mais à la manière dont nous traitons les êtres humains lorsque personne ne nous regarde.
La conscience morale ne devrait jamais être sous-traitée à la religion. La foi peut aider à construire une conscience. Elle peut donner des repères, nourrir l’espérance et rappeler à chacun la valeur de la vie.
Avant d’être croyants ou non-croyants, nous sommes des êtres humains. Et cette humanité nous impose une première obligation : ne pas faire à autrui ce que nous ne voudrions jamais subir nous-mêmes.
C’est précisément le sens de cette sagesse malgache : la conscience de l’humanité en chacun de nous doit précéder toute appartenance religieuse.
Savoir que l’autre souffre. Comprendre qu’un « non » signifie non. Savoir qu’un corps ne nous appartient jamais. Comprendre que la force physique, l’autorité, l’argent ou la position sociale ne donnent à personne le droit de disposer d’un autre être humain.
Voilà le commencement de la morale. Et cette morale doit s’apprendre très tôt.
Elle commence dans la famille, dans la façon dont nous apprenons à nos garçons à considérer les filles et les femmes. Elle se poursuit à l’école, où l’éducation ne devrait pas seulement transmettre des connaissances, mais aussi apprendre le respect, la responsabilité et la maîtrise de soi. Elle se renforce dans la société, lorsque nous refusons de banaliser les violences, les agressions sexuelles, les humiliations ou les discours qui présentent les femmes comme des objets.
Car une société qui tolère les petites violences finit parfois par découvrir, trop tard, les violences extrêmes.
Il faut également avoir le courage de rappeler que la victime n’est jamais responsable du crime qu’elle subit.
Sa tenue, son heure de sortie, son comportement, son entourage ou ses choix ne justifient jamais une agression. La responsabilité appartient entièrement à celui qui décide de franchir la limite, d’imposer sa volonté et de nier la dignité de l’autre.
Face à des crimes aussi abjects, la justice doit évidemment faire son travail. Les auteurs doivent être identifiés, jugés et sanctionnés conformément à la loi. Mais la justice pénale, aussi indispensable soit-elle, intervient après le drame !
Oui, la véritable bataille se joue aussi avant !
Les deux jeunes femmes dont les vies viennent d’être brutalement interrompues ne doivent pas devenir de simples noms dans la chronique des faits divers.
Leur mort doit nous interroger et nous faire nous demander : quel être humain suis-je lorsque je suis seul face à la tentation de faire du mal ?




