
Installé à Nosy-Be, Amil Ben Yosef transcende le simple portrait pour explorer les racines profondes de l’identité nationale à travers la maîtrise de la pierre noire. Entre précision technique et halos géométriques, il ravive les traditions oubliées et s’inscrit dans la lignée des grands maîtres portraitistes de la Grande île.
À Nosy-Be, dans le nord-ouest malgache, Amil Ben Yosef s’est établi une belle réputation. Dans ses portraits à la pierre noire sur papier, il scrute, revisite, manifeste, affirme… l’identité malgache. « J’ai grandi à Tsaralalàna. En fait, quand j’ai étudié le dessin et la peinture, je n’ai jamais imaginé devenir peintre. Donc, je ne sais pas vraiment où s’est fait le déclic », ajuste-t-il. Puis il participe à une exposition collective, « Hosotra », de 2007 à 2009. « Je pense que c’était peut-être à ce moment », poursuit Amil Ben Yosef.
En quelques années, il a connu maintes évolutions techniques. D’abord, le dessin à la pierre noire et au pastel blanc sur papier mi-teinte. De 2006 à 2009, il choisit le stylo à bille. La différence est notable : le côté pigmenté et sec de la pierre, par rapport à la viscosité de l’encre. La première peut permettre les erreurs ; le stylo est un exercice de précision qui ne les admet pas.
Aujourd’hui, l’artiste est revenu à ses premiers amours : la pierre noire sur papier. Et il reconnaît : « Pour moi, les études sont nécessaires si l’on veut s’aligner sur l’international. Chacun son art, cependant ; d’autres, et ils sont nombreux, estiment qu’il n’y a pas besoin d’étudier ».
En plus de dix ans, du portrait des débuts, avec peu d’exubérance mais beaucoup d’âme à la Ratovo (1881-1944), le peintre a adjoint une sorte d’halo géométrique à ses personnages. L’attention se voit ainsi happée par cette profusion de lignes de force, entourant l’élégance et l’intensité du regard, de l’expression.
Voilà pourquoi Amil Ben Yosef connaît un succès qui va le mener sans doute hors des frontières du pays dans les mois ou années à venir. L’essentiel est de garder l’essence malgache, la « malgachitude », malgré les fractures identitaires.
Il donne son sentiment par rapport aux aînés de cette discipline : « Les généreux donnent des conseils, ils peuvent vous apporter des clients, vous intègrent à leurs expositions ». La peinture est l’un des arts les plus compétitifs du pays, d’une grande solidarité à ses heures perdues.
« Avec les portraits, je tente de raviver les traditions malgaches oubliées, que ce soit les rituels de chaque groupe humain, l’ancestralité… », ajoute-t-il. Durant l’occupation française, le portrait est devenu une malle aux trésors. La pression civilisationnelle de l’occupant, christianisme au forceps, savoir-vivre, civilisation du riz… faisait redouter la fin de l’identité malgache. Les Rainitovo (fin du XIXe siècle), Joseph Ramanankamonjy (1898-1984) et d’autres ont fait de cette approche un sujet national, comme pour que les futures générations comprennent que le Malgache d’aujourd’hui était la continuité de celui d’hier : un Malgache aux traits nobles, d’une profonde et forte identité. La flamme a été maintenue par Amil Ben Yosef.
Maminirina Rado


